20 juin 2016

#ChallengeAZ : Q comme Querelles de clocher

Sur certaines fiches matricules, on trouve parfois des mentions qui nous poussent à chercher plus loin. C'est le cas des fiches matricules de l'arrière-grand-père de mon conjoint François NAUDO et de son frère Jacques.

Jacques NAUDO

Une ligne rayée attire l'attention : condamnation pour coups et blessures ? Mais que s'est-il passé ?
Fiche matricule NAUDO Jacques (détail) - AD66

Le 9 août 1906, au Tribunal Correctionnel de Prades est jugée une affaire de coups et blessures volontaires et réciproques entre Jacques NAUDO et et les frères Jean et François PAGANE.
Jacques a 20 ans. Jean PAGANE est son aîné de 5 ans et François a 23 ans.
Les avocats choisis pour défendre les prévenus sont Me CIRCAU pour les frères PAGANE et Me MEDAU pour Jacques NAUDO. Les faits se sont déroulés à Finestret (66) le 30 juillet dernier. On notera la diligence du jugement. Des témoins assistent à une rixe entre les prévenus, la cause remontant à quelques jours et ayant pour origine des propos tenus par les frères PAGANE et qui ont déplu à NAUDO (appelés "motifs futiles"). L'attitude provocatrice de Jean PAGANE fait que Jacques NAUDO l'attaque en premier, François s'ajoute au combat. Durant celui-ci François PAGANE reçoit un coup de couteau au flanc gauche dont les suites seront sans gravité. Jacques NAUDO nie avoir donné le coup et prétend n'avoir jamais eu de couteau en sa possession. Il n'y a pas beaucoup de témoin sauf François PAGANE et Eugène GASCH, un autre témoin a vu un couteau tomber devant Jacques NAUDO lorsqu'il s'est écarté du combat.
Le juge du Tribunal conclue que NAUDO ne courait pas un danger immédiat lui permettant de se servir d'un couteau. Les peines prévues à l'article 311 du code pénal seront données avec sursis pour les trois protagonistes, puisqu'il s'agit de leur première condamnation, à savoir :
  • une amende de 30 Francs pour François PAGANE, 
  • une amende de 10 Francs pour Jean PAGANE 
  • une amende de 50 Francs pour Jacques NAUDO
Ils devront cependant rembourser les frais de justice solidairement pour un montant de 25,93 Francs.

Seule la fiche matricule de Jacques contient la mention de la condamnation.
Les trois personnages de cet incident seront ensuite mobilisés durant la Première Mondiale, Jacques s'étant lui-même rengagés pour deux ans avant l'entrée en guerre. Jean PAGANE sera incorporé au 80ème Régiment d'infanterie puis sera muté dans des compagnies minières à Rabouillères, Luchon et Escaro (66). Il obtiendra la médaille de la Victoire et la médaille commémorative de la Grande Guerre.
François PAGANE fera partie de la Compagnie du Midi en tant que Chef de Train du 2 août 1914 au 7 mars 1919.
Enfin, Jacques NAUDO réengagé dans 17ème légion de gendarmerie passera à la 10ème division de Cavalerie le 3 août 1914 jusqu'au printemps 1916. Il sera ensuite affecté à la 11ème Division d'Infanterie Coloniale jusqu'en novembre 1918. Il assurera la sécurité en Serbie jusqu'au 22 août 1919. Il obtiendra la Médaille Commémorative de la Grande Guerre, la Médaille de la Victoire, les Médailles Commémoratives d'Orient et de  Serbie et enfin la Médaille Militaire.


François NAUDO

L'affaire concernant François NAUDO est plus récente. En effet, le jugement du Tribunal Correctionnel de Perpignan a eu lieu le 6 septembre 1928. celui-ci détaille les faits. François Jean Gaston NAUDO a été jugé pour coups et blessures.  Le 28 juillet dernier, François se prend de querelle avec la famille PAILLÈS et a volontairement porter des coups et fait des blessures à PAILLÈS Marguerite et à PAILLÈS Antoinette. Il a également frappé Antoine PAILLÈS avec pour conséquence une interruption de travail de plus de douze jours. Il existe des circonstances atténuantes, dont le détail n'est pas mentionné.
François est condamné à 50 Francs d'amende et au remboursement des frais de procédure de 280,60 Francs, sachant qu'il encourait une peine d'emprisonnement de 2 à 5 ans et amende de 16 à 2000 francs, d'après l'article 301 et 309 du Code Pénal.

Fiche matricule NAUDO François (détail) - AD66

Que s'est-il passé dans la tête de cet ancien soldat, décoré de la médaille de la Victoire en 1917 puis de la Croix de Guerre "Etoile de Bronze" pour "s'être porté résolument sur une portion violemment battue par les mitrailleuses ennemies"? Ce soldat cité en tant que "soldat courageux et dévoué, qui a donné en toutes circonstances absolue satisfaction à ses chefs. [...] bien qu'intoxiqué par le gaz, s'est vaillamment porté à l'attaque des positions ennemies puis a travaillé avec un courage remarquable à l'organisation du terrain"...
Malgré ces décorations et citations, sa condamnation ne sera pas amnistiée. Il retournera à la guerre lors de la mobilisation de 1939, puis sera libéré du service le 15 octobre 1940.

Sources :
Archives Départementales des Pyrénées-Orientales
3U2276 - 3U3085

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