Le 11 novembre 1918, l'armistice est signé.
Dans les villes et les villages, les cloches sonnent. Après plus de quatre années de guerre, les combats cessent enfin.
Sylvain LLENSE, lui, est toujours enfermé à la prison Saint-Paul de Lyon. Il a été condamné à mort le 27 septembre par le 1er conseil de guerre.
Son sort n'est pas réglé.
Un pourvoi malgré sa première déclaration
Le lendemain du jugement, LLENSE avait déclaré ne pas vouloir se pourvoir en révision.
Pourtant, un recours est ensuite formé devant la Cour de cassation. Les pièces consultées ne racontent pas ce qui s'est passé entre ces deux moments. A-t-il changé d'avis ? Son avocat a-t-il engagé la procédure ? Je ne sais pas.
Ce que le dossier établit, en revanche, est très précis.
Le 14 novembre 1918, trois jours après l'armistice, la Chambre criminelle de la Cour de cassation déclare le pourvoi irrecevable.
Le 19 novembre, le procureur général adresse au commissaire du gouvernement près le 1er conseil de guerre de Lyon une copie de l'arrêt.
Irrecevable
Le mot tient en une ligne administrative. Il signifie pourtant que la condamnation à mort demeure.
La lettre conservée dans le dossier ne détaille pas les motifs juridiques de l'irrecevabilité. Sans l'arrêt complet et son argumentation, je ne peux pas expliquer honnêtement pourquoi la Chambre criminelle refuse d'examiner le pourvoi.
Je peux seulement constater la décision.
L'armistice a mis fin aux combats. Il n'annule ni les condamnations prononcées par les conseils de guerre ni les procédures engagées contre les hommes accusés d'avoir travaillé pour l'ennemi.
Le décalage est brutal.
Au moment où les soldats commencent à imaginer leur retour, où les familles espèrent retrouver les mobilisés et où le pays compte ses morts, LLENSE reste sous le coup d'une exécution.
Une lettre à son père
Parmi les pièces administratives du mois de novembre se trouve également la trace d'une lettre écrite par Sylvain à son père. Le bordereau indique qu'elle peut être remise et qu'elle contient un mandat postal de 1 000 francs.
Le document ne nous livre pas le contenu de la lettre. Il ne dit pas ce que Sylvain écrit à Joseph-Pierre LLENSE, ni s'il lui parle de sa condamnation, de l'armistice ou de ses espoirs.
Là encore, l'archive ne donne qu'une trace.
Après le rejet du pourvoi, il reste encore une possibilité : demander au président de la République de commuer la peine.
Le recours en grâce devient le dernier espoir de LLENSE.
À suivre...
Sources
- Dossier SHD/GR 10 J 1535, PDF reconstitué p. 5, 11 et 13.
- Cour de cassation, courrier du 19 novembre 1918 relatif à l'arrêt du 14 novembre.




