Depuis son arrestation, Sylvain LLENSE affirme que Louise GARNIER ne sait rien de ses relations avec l'espionnage allemand.
Louise est sa compagne. Elle connaît son addiction et son trafic de drogue. Elle a manipulé certaines sommes d'argent pour lui. Mais elle nie avoir eu connaissance de ses activités d'espionnage.
Pendant plusieurs semaines, Sylvain confirme sa version.
Puis, le 26 juin 1918, il change brusquement de déclaration.
Le télégramme à Pepita BARRI
LLENSE prétend désormais que Louise connaissait ses relations avec l'espionnage allemand et qu'elle l'aurait même encouragé dans cette voie. Il affirme qu'elle lui aurait fourni des renseignements sur des mouvements de troupes par chemin de fer.
Il ajoute surtout que, lorsqu'il était emprisonné à la Part-Dieu, Louise aurait recopié de sa main un télégramme qu'il lui demandait d'envoyer à Pepita BARRI, 101 calle Travesera Primera, à Barcelone.
Or, Pepita BARRI est précisément le nom que LLENSE dit avoir reçu de Karl pour transmettre ses renseignements.
Les recherches effectuées au bureau de poste de la rue des Archers permettent de retrouver le télégramme. Louise GARNIER est alors arrêtée et inculpée de complicité d'espionnage et d'intelligences avec l'ennemi.
Elle continue pourtant d'affirmer qu'elle ignorait tout.
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| vue 555 du dossier SHD/GR 10 J 1535 |
Une accusation qui ne tient pas longtemps
LLENSE finit par revenir une nouvelle fois sur ses déclarations. Il reconnaît avoir menti en accusant Louise et admet qu'elle ne connaissait pas ses relations avec l'espionnage allemand.
Lors de son interrogatoire du 8 juillet, il explique le fameux télégramme.
Selon lui, Louise pensait que Pepita BARRI était une relation commerciale de Barcelone, liée notamment à CHARPENTIER. Sylvain aurait rédigé le texte au crayon, signé « Henri », le prénom utilisé par sa famille, puis glissé le tout dans une lettre transmise à Louise par l'intermédiaire de son avocat.
Il lui demandait simplement de faire partir le télégramme. Comme il fallait présenter une pièce d'identité au guichet, Louise aurait recopié le message et utilisé sa propre identité.
Cette explication paraît crédible au rapporteur pour une raison assez simple : si Louise avait connu le véritable but du télégramme, elle aurait probablement évité de laisser son adresse et son identité sur un envoi destiné à un contact de l'espionnage allemand.
Les autres soupçons
Les voyages effectués par Louise en Italie, en Espagne et au Portugal pendant la guerre attirent également l'attention des enquêteurs. Elle les explique par sa relation avec Charles JENNINGS, un étudiant américain qu'elle accompagne lors de certains déplacements.
La correspondance saisie à son domicile n'apporte aucun élément prouvant une activité d'espionnage. Les explications concernant ses voyages sont finalement considérées comme vraisemblables.
Le rapporteur relève surtout l'instabilité des déclarations de LLENSE. Il a d'abord protégé Louise, puis l'a accusée, avant de reconnaître qu'il avait menti.
À la fin de l'instruction, aucune charge suffisante ne subsiste contre elle.
Louise GARNIER a pourtant été entraînée dans l'affaire, interrogée, perquisitionnée et arrêtée à cause d'un télégramme dont elle n'aurait pas compris la signification et des accusations de l'homme avec lequel elle vivait.
Elle sortira de la procédure sans être renvoyée devant le conseil de guerre.
Mais une autre pièce du dossier vient encore fragiliser l'accusation contre Sylvain lui-même.
Les documents retrouvés dans les archives allemandes ne seraient pas de sa main.
À suivre...
Sources
- Dossier SHD/GR 10 J 1535, PDF reconstitué p. 33 à 35.
- Rapport final de l'instruction du 3 septembre 1918.








