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| Procès-verbal de dépôt du rapport d'expert médical |
Nous sommes au début du mois de juin 1918. Sylvain LLENSE est détenu à la prison Saint-Paul de Lyon. Il a reconnu avoir rencontré un agent allemand à Barcelone, transmis des renseignements militaires et introduit en France des tracts défaitistes.
Mais il donne une explication à son passage à l'acte : la cocaïne.
Lors d'une confrontation avec Dominique LEONARDI, le 18 mai, il a déjà affirmé qu'il avait obéi à Karl sous l'emprise de la drogue, puis qu'il avait eu peur de se rétracter.
Le 5 juin 1918, le capitaine rapporteur ordonne donc une expertise médicale. Elle est confiée au médecin-major de 2e classe CHOCREAUX.
LLENSE était-il responsable ?
La question posée au médecin n'est pas de savoir si LLENSE consommait de la cocaïne. Son addiction et son trafic apparaissent à de nombreuses reprises dans le dossier. Il s'agit de déterminer si, au moment des faits, cette consommation avait supprimé ou diminué son discernement au point de le rendre irresponsable.
Le médecin étudie son état mental et les conditions dans lesquelles les faits ont été commis.
Sa conclusion est nette : lorsque LLENSE préparait puis accomplissait les actes qui lui sont reprochés, il ne se trouvait pas dans un état physique ou mental susceptible de supprimer ou de diminuer sa capacité de jugement.
Autrement dit, pour l'expert, la cocaïne n'explique pas juridiquement la trahison.
Le procès-verbal de dépôt du rapport est daté du 8 juillet 1918. Une pièce rédigée plus tard par la défense évoque pourtant un dépôt le 10 juillet. Le décalage est minime, mais il existe. Les archives ont parfois ce genre de petite aspérité qui rappelle qu'il ne faut jamais lisser les documents pour qu'ils racontent une histoire plus simple qu'ils ne le font réellement.
La défense conteste l'expertise
Le 26 juillet, l'avocat de LLENSE demande une expertise contradictoire réalisée par trois médecins spécialistes. Il souhaite également faire entendre plusieurs témoins sur l'état de santé de son client.
La demande n'est pas acceptée sous cette forme.
Le 1er août, le capitaine rapporteur confie un nouvel examen au même médecin, en lui transmettant les nouveaux éléments recueillis. Le docteur CHOCREAUX dépose un second rapport le 3 août.
Il ne modifie pas ses conclusions.
Selon lui, rien ne permet de considérer LLENSE comme excusable ou irresponsable. Pendant toute la période où il a agi, il était capable de juger, de discerner, de se décider et de se déterminer.
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| Flacon ancien d’hydrochlorate de cocaïne – Fin XIXe – Brocante Jolbro |
Une succession d'actes préparés
Le rapporteur insiste également sur les conditions dans lesquelles les faits ont été commis. Il ne s'agit pas d'un acte unique, accompli dans un moment de confusion.
LLENSE a effectué plusieurs voyages. Il a rencontré des intermédiaires. Il a utilisé une adresse de contact. Il a recueilli des informations, préparé des envois, transporté puis diffusé des tracts. Il a reçu de l'argent et donné plusieurs explications sur son origine.
Cette succession d'actions organisées pèse lourdement dans l'appréciation de sa responsabilité.
La consommation de cocaïne reste un élément important de son parcours. Elle éclaire ses fréquentations, ses trafics et certaines de ses décisions. Mais, pour le médecin expert, elle ne lui retire pas la capacité de comprendre ce qu'il fait.
Le rapport final de l'instruction reprend donc cette conclusion : LLENSE doit être considéré comme entièrement responsable.
Sa défense vient de perdre un argument essentiel.
Pendant ce temps, Sylvain modifie encore ses déclarations. Cette fois, il ne s'agit plus de LEONARDI.
Il accuse Louise GARNIER.
Puis il se rétracte.
À suivre...
Sources
- Dossier SHD/GR 10 J 1535, PDF reconstitué p. 14, 34-35 et 204.
- Procès-verbal de dépôt du rapport médical du 8 juillet 1918 et conclusions de la défense du 27 septembre 1918.







