Lorsque l'affaire commence, trois personnes sont inquiétées : Sylvain LLENSE, Dominique LEONARDI et Louise GARNIER.
Au fil des interrogatoires, Sylvain accuse, minimise, revient sur ses déclarations et se rétracte. Dominique nie presque tout. Louise affirme qu'elle ignorait les activités d'espionnage de son compagnon.
Le 3 septembre 1918, le capitaine rapporteur dépose enfin son rapport.
Il faut maintenant décider qui sera jugé.
Le sort de Dominique LEONARDI
LLENSE a rencontré LEONARDI au Parc automobile d'organisation de Lyon. Leurs relations commencent autour d'un trafic de cocaïne et de morphine.
Selon Sylvain, il lui aurait parlé des tracts, de l'adresse de Pepita BARRI et de renseignements concernant Marseille, l'armée d'Orient ou les navires en réparation. Mais ses déclarations varient. Il reconnaît aussi que LEONARDI aurait désapprouvé l'impression des tracts et qu'il ne lui aurait fourni aucun renseignement sur une poudrerie.
LEONARDI, de son côté, nie toute participation à l'espionnage.
Les recherches ne permettent pas d'établir suffisamment les faits qui lui sont reprochés. Il est remis en liberté provisoire le 2 août 1918. Dans son rapport final, le capitaine conclut qu'il n'existe pas de charges suffisantes contre lui et demande un non-lieu.
Les meilleurs souhaits envoyés quelques mois plus tôt par Mlle DELOBLE lui auront donc peut-être porté chance.
Le sort de Louise GARNIER
Louise a envoyé un télégramme à Pepita BARRI et effectué plusieurs voyages à l'étranger. Mais la correspondance saisie chez elle ne révèle rien de suspect. Ses explications sur ses déplacements sont jugées vraisemblables.
Surtout, LLENSE reconnaît avoir menti lorsqu'il l'a accusée de connaître et d'encourager ses activités. Le rapporteur estime que Louise ne comprenait probablement pas la véritable destination du télégramme qu'elle avait recopié.
Là encore, les charges sont insuffisantes.
Le non-lieu est demandé.
Les accusations maintenues contre LLENSE
Sylvain reste donc seul.
Le rapport du 3 septembre retient deux ensembles de faits.
Le premier concerne l'espionnage. LLENSE est accusé d'avoir procuré à l'espionnage allemand de Barcelone des renseignements sur la 10e armée, les troupes envoyées en Italie, les véhicules, les personnels, les sections de ravitaillement en munitions d'artillerie lourde ayant quitté le P.A.O.L. et l'emplacement de parcs automobiles. Il est également accusé d'avoir remis, en janvier 1918, un rapport sur la situation et l'état d'esprit de la population française.
Le second concerne les intelligences avec l'ennemi. Le rapporteur lui reproche d'avoir entretenu des relations avec des agents de l'espionnage allemand à Barcelone, puis d'avoir introduit et diffusé en France des imprimés et des tracts destinés à favoriser le désir de paix.
La provocation de militaires à la désobéissance n'est pas renvoyée séparément devant le conseil de guerre. Le rapporteur considère que la diffusion des tracts constitue l'un des moyens utilisés pour commettre le crime d'intelligences avec l'ennemi.
Les poursuites pour faux et vol militaire, mentionnées dans certaines pièces antérieures, ne figurent pas non plus parmi les deux accusations finalement renvoyées au jugement.
Le général gouverneur militaire de Lyon ordonne la mise en jugement de LLENSE.
L'audience est fixée au vendredi 27 septembre 1918, à 8 h 30.
À suivre...
Sources
- Dossier SHD/GR 10 J 1535, PDF reconstitué p. 20 à 23 et p. 35.
- Rapport final et ordre de mise en jugement, 3 et 9 septembre 1918.




