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Bienvenue sur ce blog consacré à la généalogie de mes recherches personnelles et professionnelles, mais aussi à la psychogénéalogie. Bonne lecture !
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21 sept. 2026

Une histoire d'espionnage (9) — La cocaïne peut-elle expliquer la trahison ?

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Procès-verbal de dépôt du rapport d'expert médical 

Nous sommes au début du mois de juin 1918. Sylvain LLENSE est détenu à la prison Saint-Paul de Lyon. Il a reconnu avoir rencontré un agent allemand à Barcelone, transmis des renseignements militaires et introduit en France des tracts défaitistes.

Mais il donne une explication à son passage à l'acte : la cocaïne.

Lors d'une confrontation avec Dominique LEONARDI, le 18 mai, il a déjà affirmé qu'il avait obéi à Karl sous l'emprise de la drogue, puis qu'il avait eu peur de se rétracter.

Le 5 juin 1918, le capitaine rapporteur ordonne donc une expertise médicale. Elle est confiée au médecin-major de 2e classe CHOCREAUX.



LLENSE était-il responsable ?

La question posée au médecin n'est pas de savoir si LLENSE consommait de la cocaïne. Son addiction et son trafic apparaissent à de nombreuses reprises dans le dossier. Il s'agit de déterminer si, au moment des faits, cette consommation avait supprimé ou diminué son discernement au point de le rendre irresponsable.

Le médecin étudie son état mental et les conditions dans lesquelles les faits ont été commis.

Sa conclusion est nette : lorsque LLENSE préparait puis accomplissait les actes qui lui sont reprochés, il ne se trouvait pas dans un état physique ou mental susceptible de supprimer ou de diminuer sa capacité de jugement.

Autrement dit, pour l'expert, la cocaïne n'explique pas juridiquement la trahison.

Le procès-verbal de dépôt du rapport est daté du 8 juillet 1918. Une pièce rédigée plus tard par la défense évoque pourtant un dépôt le 10 juillet. Le décalage est minime, mais il existe. Les archives ont parfois ce genre de petite aspérité qui rappelle qu'il ne faut jamais lisser les documents pour qu'ils racontent une histoire plus simple qu'ils ne le font réellement.

La défense conteste l'expertise

Le 26 juillet, l'avocat de LLENSE demande une expertise contradictoire réalisée par trois médecins spécialistes. Il souhaite également faire entendre plusieurs témoins sur l'état de santé de son client.

La demande n'est pas acceptée sous cette forme.

Le 1er août, le capitaine rapporteur confie un nouvel examen au même médecin, en lui transmettant les nouveaux éléments recueillis. Le docteur CHOCREAUX dépose un second rapport le 3 août.

Il ne modifie pas ses conclusions.

Selon lui, rien ne permet de considérer LLENSE comme excusable ou irresponsable. Pendant toute la période où il a agi, il était capable de juger, de discerner, de se décider et de se déterminer.


Flacon ancien d’hydrochlorate de cocaïne – Fin XIXe – Brocante Jolbro

Une succession d'actes préparés

Le rapporteur insiste également sur les conditions dans lesquelles les faits ont été commis. Il ne s'agit pas d'un acte unique, accompli dans un moment de confusion.

LLENSE a effectué plusieurs voyages. Il a rencontré des intermédiaires. Il a utilisé une adresse de contact. Il a recueilli des informations, préparé des envois, transporté puis diffusé des tracts. Il a reçu de l'argent et donné plusieurs explications sur son origine.

Cette succession d'actions organisées pèse lourdement dans l'appréciation de sa responsabilité.

La consommation de cocaïne reste un élément important de son parcours. Elle éclaire ses fréquentations, ses trafics et certaines de ses décisions. Mais, pour le médecin expert, elle ne lui retire pas la capacité de comprendre ce qu'il fait.

Le rapport final de l'instruction reprend donc cette conclusion : LLENSE doit être considéré comme entièrement responsable.

Sa défense vient de perdre un argument essentiel.

Pendant ce temps, Sylvain modifie encore ses déclarations. Cette fois, il ne s'agit plus de LEONARDI.

Il accuse Louise GARNIER.

Puis il se rétracte.

À suivre...

Sources

  • Dossier SHD/GR 10 J 1535, PDF reconstitué p. 14, 34-35 et 204.
  • Procès-verbal de dépôt du rapport médical du 8 juillet 1918 et conclusions de la défense du 27 septembre 1918.

14 sept. 2026

Une histoire d'espionnage (8) — Huit ans plus tard, l'enquête reprend

Première page du rapport du 3 septembre 1918
Première page du rapport final du 3 septembre 1918 - SHD/GR 10 J 1535 - Conseil de guerre  - vue 27


J'avais laissé Sylvain LLENSE le 28 mai 1918, dans le bureau du capitaine Clément BAZIN.

Dix ans ont passé depuis la publication des six premiers articles de cette histoire. J'en avais repris une partie en 2018, puis le dossier était retourné dans mes archives. Sylvain, lui, était toujours à la prison Saint-Paul de Lyon, au même endroit dans le récit, attendant que l'instruction se poursuive.

Il était temps d'y revenir.

Relire le premier article de la série

Reprenons depuis le début

Sylvain Barthélémy Joseph LLENSE est né le 23 mai 1893 à Cerbère, dans les Pyrénées-Orientales. Sa famille le prénomme Henri. Avant la guerre, il travaille notamment aux PTT. Pendant le conflit, il est affecté au Parc automobile d'organisation de Lyon, le P.A.O.L., où il exerce comme dactylographe auprès du commandement.

Cette fonction lui donne accès à des renseignements militaires : mouvements de véhicules et de personnels, sections de ravitaillement en munitions, unités envoyées en Italie et emplacement de parcs automobiles.

À la fin du mois de septembre 1917, lors d'un voyage à Barcelone, Sylvain rencontre, par l'intermédiaire de Louis SOULIER, un homme qu'il appelle Karl. D'après ses déclarations, Karl travaille pour l'espionnage allemand.

Sylvain reconnaît avoir accepté deux missions : transmettre des renseignements et faire entrer en France des tracts pacifistes et défaitistes. Il doit utiliser le nom de Pepita BARRI comme destinataire à Barcelone. Il admet également avoir reçu de l'argent : d'abord 100 pesetas, puis 1 000 pesetas lors d'un second voyage en janvier 1918.

Mais l'affaire ne se résume pas à un espion, un agent allemand et quelques enveloppes.

On y trouve aussi un trafic de cocaïne et de morphine, des absences militaires difficiles à expliquer, de l'argent dont l'origine change selon les interrogatoires, un paquet jeté dans le Rhône, des tracts retrouvés près du pont de Vernaison, une maîtresse qui envoie un télégramme sans savoir — selon elle — ce qu'il signifie, et Dominique LEONARDI, que LLENSE accuse puis décharge en partie.

Claude_villetaneuse — Collection personnelle, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=12639228

Le dernier interrogatoire raconté sur ce blog

Le 28 mai 1918, LLENSE est de nouveau interrogé sur ses relations avec LEONARDI. Il reconnaît lui avoir parlé de tracts, de Marseille, de renseignements sur l'armée d'Orient et de navires en réparation. Il maintient cependant que LEONARDI n'a pas voulu participer à l'impression des tracts.

Il tente aussi d'expliquer les 7 500 francs qu'il dit avoir eus en sa possession. Les sommes proviendraient de ses économies, de ses parents, d'affaires commerciales et de son trafic de drogue. Ses déclarations ne correspondent pas exactement à celles de sa mère. Il affirme alors qu'elle a dû s'embrouiller parce qu'elle était affolée par son arrestation.

Pendant ce temps, la Poste ne retrouve aucune trace du paquet recommandé qu'il affirme avoir envoyé à Pepita BARRI. Neuf détenus soupçonnés d'avoir distribué des tracts sont interrogés. Aucun lien sérieux avec LLENSE n'en ressort. Les services de renseignements consultés dans plusieurs villes ne trouvent pas davantage sa trace dans d'autres affaires.

À ce moment-là, le dossier comporte donc des aveux très lourds, mais aussi des contradictions et des preuves matérielles qui ne sont pas toujours au rendez-vous.

Cinq cent cinquante-huit vues plus tard

Le dossier conservé par le Service historique de la Défense compte 558 vues : interrogatoires, rapports de police, expertises, courriers et décisions judiciaires.

Pour raconter la suite, je vais distinguer trois choses : ce que les archives établissent, ce que LLENSE ou les autres protagonistes déclarent, et ce qui reste impossible à prouver.

Un dossier judiciaire n'est pas un récit écrit par un narrateur qui connaît toute la vérité. C'est un empilement de paroles, de soupçons, de recherches et parfois d'erreurs. Les contradictions ne doivent pas être gommées. Elles font partie de l'histoire.

Au début du mois de juin 1918, une nouvelle question se pose. Sylvain LLENSE affirme avoir agi sous l'emprise de la cocaïne.

Est-il pleinement responsable de ses actes ?

C'est désormais à un médecin de répondre.

À suivre...

Sources

  • Ministère des Armées, Mémoire des hommes, dossier SHD/GR 10 J 1535, notamment PDF reconstitué p. 27 à 36.
  • Wuilleme Généalogie, « Une histoire d'espionnage (6) », 24 juin 2016.

26 déc. 2018

Les dossiers des Pupilles de la Nation : l'exemple de la famille BARBOTEU

Lors de mes recherches sur les poilus oubliés d'Argelès-sur-Mer, j'ai cherché les descendants d'Edouard "Jacques"  BARBOTEU. Celui-ci est décédé des suites de ses blessures et sa veuve a donc demandé une adoption par la Nation afin de subvenir aux besoins de ses enfants et de toucher une pension. Nous pouvons trouver des informations sur les enfants dans les dossiers des Pupilles de la Nation dans la Série R, mais aussi le jugement du Tribunal dans la série U.
Je vous présente un exemple de ce que l'ont peut trouver en série R.

Le contenu des dossiers des Pupilles de la Nation varie. Par exemple dans le dossier de Côme BARBOTEU, nous trouvons une seule fiche. Cette fiche sanitaire contient quelques renseignements succincts. 
Source : Dossier de BARBOTEU Côme - 3R15 - AD66

Dans le dossier de Marcelle, nous trouvons une fiche remplie par le sanatorium Devaux d'Aressy-Pau à la date du 01/06/1928 qui nous indique un état de santé de Marcelle, âgée de 17 ans, satisfaisant mais qui l'empêche quand même de travailler. La prochaine étape pourrait être de tenter de récupérer le dossier médical de Marcelle, s'il existe encore.

Source : Dossier de BARBOTEU Marcelle - 3R15 - AD66

Dans le dossier de Germaine, nous trouvons une demande de subvention pour acheter son trousseau de mariage, celui-ci aura lieu le 19 avril 1933. Nous notons que dans ce document, Marcelle n'apparaît plus.

Source : Dossier de BARBOTEU Germaine - 3R15 - AD66

Source : Dossier de BARBOTEU Germaine - 3R15 - AD66
 Dans le dossier de Marinette, nous trouvons une demande de subvention d'apprentissage. Nous apprenons que Marinette est une écolière studieuse de 13 ans et qu'elle est entrée en apprentissage le 1er juillet 1930 pour devenir couturière, chez Mlle FOURQUET Marie Rose à Argelès-sur-Mer. Dans le dossier, nous obtenons la liste des ressources de la famille, et Marcelle est encore présente. Son décès a donc eu lieu entre 1930 et 1933.

Source : Dossier de BARBOTEU Marinette - 3R15 - AD66
Source : Dossier de BARBOTEU Marinette - 3R15 - AD66

Source : Dossier de BARBOTEU Marinette - 3R15 - AD66


Dans le dossier d'Hélène, nous ne trouvons qu'une copie manuscrite du jugement d'adoption daté du 20 novembre 1925.

Source : Dossier de BARBOTEU Hélène - 3R15 - AD66
 Dans un prochain article, je vous donnerai plus de détails sur la suite des événements de la famille BARBOTEU.

21 déc. 2018

Fusillé de 14-18 : une histoire d'espionnage (7)

Comme vu dans l'article précédent, LLENSE et LEONARDI ont comparu le 16 mai 1918. 
Si LLENSE lâche prise rapidement (et vue la suite des découvertes, il valait mieux qu'il reconnaisse les faits) LEONARDI dément être impliqué dans  cet espionnage.

Le juge a demandé un rapport sur les permissions des deux accusés. Voici ce qu'il obtient sur le parcours militaire des deux soldats. 
Lorsqu'il était au PAOL, Sylvain LLENSE a bénéficié de deux permissions de détente pour Cerbère : du 25/09 au 05/10/1917 et du 31/12/1917 au 09/01/1918. Sylvain LLENSE devait profiter d'une permission de détente le 27/12/1917. Or, il est revenu à son service, déclarant qu'il était resté bloqué à la gare Lyon-Perrache jusqu'au 31/12/1917 et qu'il partirait en permission ce 31/12. Sans pouvoir justifier de son emploi du temps, il est resté absent du service, sans partir en permission, jusqu'au 10/01/1918. Il obtient alors une permission de détente pour rentrer à Cerbère du 11 au 21/01/1918. Lors de son incorporation à la TP 560 le 14/03/1918. Il manque 3 appels le 31/03/1918, il est alors muté à la 140ème compagnie du 14ème Train le 07/05/1918. 

Concernant LEONARDI, celui a été incorporé le 12/12/1917 et part en permission le 21/01/1918 au 8 rue Guibal à Marseillle. Il reviendra le 04/02/1918. Il  est incorporé au Train Militaire le 02/04/1918.

Dans le dossier, un courrier nous informe que le receveur des Postes de Lyon a eu pour mission de rechercher la trace d'un envoi postal à Pepita BARRI par Sylvain LLENSE au mois de novembre 1917, envoi introuvable.

Suite aux affirmations de LEONARDI, le commissaire FABIANI organise une confrontation entre les deux accusés. L'avocat de LLENSE, Me BONTEMPS ne se présente pas. LLENSE confirme les déclarations qu'il a faite mais déclare également qu'il a obéi à Karl sous l'emprise de la cocaïne et qu'ensuite il a eu peur de se rétracter. 

Dans le même temps, d'autres investigations sont ordonnés par le Conseil de Guerre chez les parents de LLENSE à Cerbère, sur les sommes détenues par LLENSE, ainsi que les emplois qu'il a occupé et les envois qu'il est sensé avoir effectués vers Pepita BARRI et Arturo CHARPENTIER à Barcelone. Les policiers doivent également vérifier les voyages de LLENSE et se renseigner sur Louis SOULIER. 

On décide également de fouiller les affaires des 2 inculpés à la prison de St Paul, mais également celles d'autres prisonniers (5 soldats et 4 civils dont 2 femme), pour trouver des tracts pacifistes que LLENSE leur aurait fournis, sans succès.
Parmi les personnes interrogées, Maurice THEVENOT, 23 ans, soldat au 2ème Régiment des Chasseurs d'Afrique, déclare connaître LLENSE, alors qu'il était canonnier au 54ème Régiment d'Artillerie. THEVENOT connaît également 2 soldats, un parisien à Lyon et un rencontré à Marseille, lui ayant déclaré connaître LLENSE.

Aucun fait concernant LLENSE n'apparait dans des affaires sur Besançon, Montpellier, Marseille, Bourges et Clermont-Ferrand.


Lors de l'interrogatoire du 28/05, Me BONTEMPS ayant annoncé se dessaisir de l'affaire, LLENSE renonce à prendre un avocat pour l'instant. De son côté, LEONARDI, alors que son avocat est également absent, réfute toutes les accusations, sauf connaître LLENSE. Louis GARNIER déclare qu'elle ne sait rien.

Dans les pièces du dossier du jugement se trouve une lettre reçue par LEONARDI, envoyé par Mademoiselle DELOBLE, institutrice de Béligneux datée du 07/05 reçue le 28/05 sur laquelle est écrit :"Meilleurs souhaits de bonne chance et bon souvenir".

Source : dossier du jugement de LLENSE - memoiredeshommes.gouv.fr

La suite des interrogatoires et des investigations vont continuer de charger Sylvain LLENSE.


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5 déc. 2018

Fusillés de 14-18 : Une histoire d'espionnage (6)


Vous l'attendiez avec impatience, voici la suite des interrogatoires et investigations du commissaire FABIANI et ses équipes sur les accusations d'espionnages et d'intelligence avec l'ennemi de Sylvain "Henri" LLENSE, Dominique LEONARDI et Louise GARNIER. L'affaire prend des tournures de films noir.

Extrait du rapport du service de la sûreté de Lyon - 8 mai 1918 - memoiredeshommes.gouv.fr
Nous sommes en mai 1918. Suite à son audition, Sylvain LLENSE, emprisonné, est inculpé pour provocation de militaires à la désobéissance d'après son interrogatoire du 8 mai 1918.

L'interrogatoire de la maîtresse de LLENSE


Le commissaire FABIANI entreprend l'interrogatoire de Louise GARNIER.
Verso du passeport de Louise GARNIER
- memoiredeshommes.gouv.fr
 Louise GARNIER déclare avoir rencontré Sylvain en mai 1917, par l'intermédiaire d'une femme galante à laquelle il vendait de la cocaïne. Ils ont démarré leur relation amoureuse au mois de septembre suivant, tout d'abord au domicile de Louise puis dans la chambre de Sylvain à partir de mars 1918. Elle déclare savoir que Sylvain se drogue et revend de la drogue mais nie l'espionnage. Elle lui aurait donné 500F au total. Ils auraient ensemble récupéré 1500F qui aurait été partagé entre eux équitablement. Elle déclare cependant que sur cette somme, elle aurait donné 700F à LLENSE et qu'elle aurait gardé 680F qu'elle aurait envoyé à Châlon-sur-Saône (vraisemblablement dans sa famille). Concernant l'avocat de LLENSE, Me REMUSAT, Louise déclare que celui-ci utilise la chambre de son client et se sert en cocaïne pour son usage personnel et celui de LLENSE en prison.
Depuis 1914, Louise aurait pour amant un étudiant américain de Nice, M. JENNINGS. Le commissaire FABIANI l'interroge sur ses déplacements, prouvés par les tampons sur son passeport. Louise dit alors qu'elle a accompagné son amant américain à Lisbonne lors de son retour aux Etats-Unis, en passant par Naples en décembre 1915, puis qu'elle a fait le chemin inverse en février 1916.
Suite à ces déclarations, le commissaire FABIANI entreprend la perquisition du domicile de Louise, 6 rue de la Barre, et y découvre des correspondances, des photos et des laissez-passer et passeport au nom de Charles JENNINGS. 

Dans le même temps, le commissaire reçoit un rapport qui confirme que l'écriture d'une lettre manuscrite de février 1918 au 1er Conseil de Guerre par LLENSE correspond à l'écriture sur les feuilles d'informations stratégiques fournies à l'ennemi par LLENSE. LLENSE avoue les faits.

L'implication de CHALANGE et les investigations à Cerbère

Ce dernier fait alors une deuxième déclaration et en profite pour accuser le soldat CHALANGE d'avoir établi un faux signé LLENSE pour récupérer de l'argent de la part de Louise. LLENSE demande alors à ce que CHALANGE soit recherché et porte plainte pour détournement à hauteur de 700F !

Le commissaire FABIANI avait ordonné une enquête de police à Cerbère sur la famille LLENSE. Dans leur rapport, les policiers déclarent que la famille LLENSE est une famille modeste, le père est employé des chemins de fer du Midi et gagne 130F par mois. La mère travaille en faisant des ménages et touche 60F par mois. Ils ont une petite propriété à Canet qu'ils louent pour un revenu de 120F par an. Concernant le parcours de Sylvain LLENSE, ils ont établi qu'il était surnuméraire dans les PTT et qu'il a été muté à Marseille. Dans l'armée, il faisait partie des services auxiliaires et a été vaguemestre à Mont-Louis et Bourg-Madame puis Paris. Révoqué en 1916 pour indélicatesse, les policiers ont trouvé des irrégularités de gestion à Mont-Louis et des disparitions de mandats-poste à Bourg-Madame, lors des temps de présence de Sylvain LLENSE. En 1917, Sylvain est employé à Cerbère 4 ou 5 mois chez ESTEVE fils, puis il a été remercié. Mobilisé suite à la loi Dalbiez, Sylvain propose une affaire à ESTEVE comme le placement de 1200 mètres de mèches à briquet pour une commission de 150F, affaire exécuté par Léon VELLE, ancien courtier d'ESTEVE. En octobre 1917, Sylvain emprunte 400 pesetas à ESTEVE à la succursale de Barcelone, remboursé par la suite. De ce voyage, il aurait rapporté de la contrebande et notamment de la cocaïne. Il dépose ensuite 4000F qu'il donne à sa mère. En février 1918, il reprend 2000F. Concernant son livret de Caisse d'Epargne, on peut y trouver un retrait de 1200 et 1500F en avril 1917. Depuis janvier 1917, Sylvain reçoit 500F par sa famille. 


Le commissaire va alors interroger le soldat Théophile CHALANGE concernant les allégations de LLENSE. Le soldat CHALANGE a déserté en 1909 en Allemagne alors qu'il était incorporé au 19ème Bataillon de Chasseurs à Pied à Verdun. Interné en Allemagne, il se serait évadé par la Hollande en mars 1917. Il est alors incorporé au 2ème Régiment de Zouaves à Oran puis au PAOL en janvier 1918. C'est là qu'il devient le camarade de lit de Sylvain LLENSE. Théophile CHALANGE accuse Louise GARNIER d'avoir inventé que LLENSE demandait des fonds à la prison pour pouvoir les garder. Il nie avoir récupérer les 700F. 


Le commissaire organise ensuite une confrontation entre Louise et Théophile. Louise accuse Théophile d'avoir écrit le billet seul et dit qu'elle a donné 700F à CHALANGE, ce dont aurait été témoin le soldat BAZIN. CHALANGE, lui, persiste dans sa version et nie toute implication dans cette escroquerie.

Perquisition chez les LLENSE

Les policiers de Cerbère continuent quant à eux leurs investigations et découvre dans la chambre de Sylain LLENSE : 1 enveloppe contenant : 1 billet de 500F et 13 billets de 100F tous neufs ou très récents. Il retrouve également un livret de Caisse d'Epargne dont le solde est de 1484 F au 28 juin 1915, alors que le solde au 13 avril 1917 était de 337F. Ils trouvent également 5 lettres de Barcelone :
- une lettre de Arturo CHARPENTIER d'octobre ou novembre 1917 adressée au 138 Cours Lafayette à Lyon.
- 2 lettres de Cerbère au nom de Jean Julia concernant des renseignements sur la prohibition par la douane des marchandises en provenance d'Espagne.
- une lettre de Louis GINESTY de Marseille concernant des échantillons de chaussettes.
Concernant les économies personnelles de la mère de Sylvain, les policiers trouvent une boite en métal et un portefeuille de cuir noir contenant 2300F. Son livret de Caisse d'Epargne contient 1048F et mentionne un retrait de 1074F en 1917. Les policiers déclarent que la maison de Canet a été achetée en décembre 1911 pour 3000F, laquelle somme proviendrait de la vente d'une maison à Perpignan (au quartier Saint Gaudérique) pour 2500F. Dans la chambre de Sylvain, on trouve également une feuille de colis postaux donnée par LLENSE pour recevoir des colis à Paris et un télégramme du 28 avril 1918 où Sylvain demande l'envoi de 2000F par son père. Dans son armoire, on trouve une garde-robe "luxueuse et abondante". 

Les policiers procèdent ensuite à l'interrogatoire de la mère de Sylvain. Celle-ci a exercé plusieurs métiers, notamment ouvrière en usine d'engrais chez ESTEVE, puis transbordeuse d'oranges en gare de Cerbère. Elle a également été représentante de M. BELISSAN, marchand de machines à coudre SINGER, M. AGRAMUNT, bijoutier à Céret et M. BARRERA, marchand de meubles à Céret. Elle déclare que son fils Sylvain travaille chez M. ESTEVE depuis ses 15 ans. 

Premières comparutions de LLENSE et LEONARDI

Sylvain va comparaître pour la première fois le 16 mai 1918. Il reconnait les faits dont on l'accuse et confirme ses déclarations, choisit Me BONTEMPS pour le représenter, après le désistement de Me CHAUMIER. LEONARDI comparaît également, mais conteste les faits et demande un avocat.

Les rapports du 17 et 18 mai vont être accablants pour les accusés, à découvrir dans un prochain article.

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30 nov. 2018

Tuto : Utiliser MemorialGenWeb et Geneanet pour vérifier les Monuments aux Morts

Voici une toute nouvelle rubrique sur le blog : les tutoriels vidéo. Et aujourd'hui, on démarre fort avec un pas à pas pour savoir comment retrouver un soldat ou une liste de soldats présents sur un Monument aux Morts avec deux sites différents : MemorialGenWeb et Geneanet.

MemorialGenWeb était au départ une rubrique du site de l'association FranceGenWeb. Au vu de sa notoriété grandissante et du volume de ses ressources, il est devenu un site à part entière et permet, en plus des Monuments aux Morts, de trouver des informations sur les victimes civiles et militaires des conflits français. Il est le résultat de l'indexation et du relevé bénévoles de 133 adhérents.
Geneanet est une méga base de données généalogiques, qui, par l'intermédiaire de ses appels à l'indexation, permet d'enrichir nos possibilités de recherche en ligne.

A quoi ça sert ? 
- à récolter des informations supplémentaires sur un ancêtre
- à vérifier une hypothèse
- à retrouver un soldat perdu de vue durant son parcours 
- à vérifier les soldats oubliés présents sur le Livre d'Or

Je vous laisse visionner la vidéo, c'est une première, j'attends avec impatience vos retours pour améliorer cette nouvelle rubrique.




A bientôt !

Sources : 


28 nov. 2018

Poilus oubliés d'Argelès-sur-Mer : Les descendants d'Edouard BARBOTEU

Dans l'article précédent, je vous détaillai le parcours d'Edouard BARBOTEU, un des 4 poilus ajoutés sur le Monument aux Morts d'Argelès-sur-Mer, lors des commémorations du 11 novembre 2018.

Mention sur l'acte de naissance de Côme
(Mairie d'Argelès-sur-Mer)
Lorsque Edouard "Jacques" BARBOTEU décède en 1925, tous ses enfants sont en vie et sont adoptés par la Nation par un jugement du 25/11/1925. Nous perdons ensuite la trace de Marcelle, qui serait décédée jeune.


Françoise et ses enfants restent vivre à Argelès. Germaine se marie la première en 1933 avec François GOUGES, un patronyme bien connu de la commune. Ils géreront ensemble l'Auberge du Bon Vivant. Ils auront au moins six enfants :
- Francine, qui épousera Francis BERTHOMIEU,
- Jacques, qui se mariera avec Chritiane POMAREDE
- Georges, qui épousera Anne BAS,
- François, qui se mariera à Banyuls-sur-Mer avec Liliane LACLARE,
- Jean-Louis, lui, se mariera deux fois, avec Elise LAFAGE, puis avec Jeanne GUGLIELMITTI,
- Côme, épousera Sylvie CASSU.

Marinette se mariera en 1934 avec Jean BICHAREL. Ensemble, ils seront les gérants du Bar "Les Palmes" à Argelès. Le couple aura au moins trois enfants :
- Marcelle,
- Jeannine, qui épousera Antoine CELORIO et ira vivre à Perpignan, jusqu'à son décès en 2014,
- Paul, qui se mariera deux fois, avec Christiane BOUCHARD, puis Ilona MARTINEZ.

Six jours après le mariage de Marinette, a lieu le mariage de Côme avec Augustine BOUSQUET. Je n'ai pas trouvé de descendants pour ce couple. Côme est décédé en 1951, à l'âge de 42 ans. Augustine ne s'est jamais remariée et est restée sur Argelès où elle décède en 2002.

En effet, la plus jeune, Hélène, épouse en 1939 un espagnol nommé Ange OLIVA. Ils ont deux fils, Michel qui restera célibataire, et André, qui épousera Suzanne SERNAL à Céret. Ange décède malheureusement en 1942. Sa belle-soeur Germaine, déclare son décès.

Acte de décès d'Ange OLIVE (Mairie Argelès-sur-Mer)
Hélène se mariera à nouveau 6 ans plus tard avec Louis DESCOSSY. Je n'ai pour l'instant pas plus de précisions sur les descendants de ce couple.

Françoise s'est remarié en 1936 avec Côme LLAURENS. Il semble qu'ils n'aient pas eu d'enfants. Elle décédera en 1967, à l'âge de 77 ans, après avoir perdu son deuxième mari.

Lors de la commémoration, nous avons été rassemblés avec quelques descendants dont une arrière-petite-fille d'Edouard. Cette journée riche en émotions a été retranscrite par un article ci-dessous.



PS : Certaines informations concernant des contemporains ont été délibérément tronquées afin de garantir leur vie privée.

23 nov. 2018

Poilus oubliés d'Argelès-sur-Mer : Edouard BARBOTEU

source : ville-argelessurmer.fr
Edouard est né le 10/09/1883 à Banyuls-dels-Aspres de Eloi, maçon et Marie BAUX, garde-barrière.
Il a déjà 2 frères, Eloi Jean Michel (surnommé Jean, presque 2 ans) et Jean Pierre, décédé à l’âge de 10 mois. Sa sœur Marie Thérèse Françoise a 4 ans. Trois filles rejoindront la famille, toutes nées à Banyuls-dels-Aspres :
  • Thérèse le 15/12/1885
  • Marie Thérèse Françoise (surnommé Marie) le 05/08/1891
  • Antoinette Amélie Jeanne le 25/03/1901

  • Edouard, qui se fait surnommé "Jacques" dans la famille, célèbre le mariage de sa sœur Marie le 23/04/1898 avec Louis BOUADE à Banyuls.
    Famille BARBOTEU - Recensement Banyuls-dels-Aspres 1901 (AD66
    Dans le recensement ci-dessus, les parents vivent le long de la voie ferrée, avec Jean (Eloi), Jacques (Edouard), Thérèse, et Marie (Marie Thérèse Françoise). Antoinette n'est pas encore née.
    Quelques années plus tard, le père décède le 18/03/1904, laissant Marie seule avec 5 enfants âgé de 3 à 23 ans. Edouard a 21 ans.
     
    En 1905, trois mariages viennent égayer la famille. Thérèse se marie à Banyuls-dels-Aspres avec Justin GARCIAS, le 11/02/1905. Sa mère se remarie avec Gédéon FOULE, veuf, le 11/10/1905 à Banyuls-dels-Aspres. La nouvelle famille composée des 2 enfants de Gédéon et des 3 derniers enfants de Marie habitent ensemble à Argelès-sur-Mer à la Maisonnette 428, près de la famille MARTY.

    Deux mois plus tard, Eloi, le frère aîné d'Edouard, se marie à Banyuls-des-Aspres le 23/12/1905 avec Marguerite FOULE, la fille de son beau-père.
    Acte de naissance de Côme BARBOTEU - Archives municipales d'Argelès-sur-Mer (66)

    L’année de ses 20 ans, Edouard est cultivateur. Lors de son recrutement militaire, il est ajourné pour faiblesse. Il sera également exempté en 1905 pour maladie. En 1907, Edouard se marie avec Françoise VERDAGUER à Argelès-sur-Mer. Ils auront 3 enfants, Côme Jacques le 27/09/1908, Marcelle Françoise le 25/10/1910 et Germaine Marie Françoise le 17/07/1914.
    Edouard a-t-il célébré le mariage de Marie Thérèse Françoise et Raymond MARTY, l'un des fils de leurs voisins, le 27/03/1911 à Argelès-sur-Mer ? Il ne fait pas partie des témoins cités dans l'acte.
    La guerre est déclarée. Suite à une décision du Conseil de Révision, Edouard est mobilisé le 14/12/1914 et est appelé le 18/02/1915 pour incorporer le 143ème Régiment d’Infanterie à Perpignan. 
     
    Il est blessé par balle à l’abdomen le 15/08/1916 à Verdun. Suite à une probable permission d'Edouard à Argelès, Françoise accouche de Marinette le 08/02/1917. Le 25/10/1917, Edouard passe au 16ème Escadron du Train des Equipements Militaires, puis dans le 2ème Groupe d’aviation le 24/12/1917. Il entre à l’hôpital de l’Hôtel Dieu en janvier 1918. Classé dans les services auxiliaires par la Commission de mai 1918, il se retire définitivement à Argelès-sur-Mer le 14/02/1919.
    Source : memoiredeshommes.gouv.fr
    La famille a également perdu Raymond MARTY, le mari de Marie Thérèse Françoise, tué à l’ennemi le 25/09/1915 à Maroeuil.
    Edouard sera vraisemblablement présent au mariage d'Antoinette et de Louis FOULE, le fils de son beau-père Gédéon, le 28/04/1919 au Soler. Suite au décès de son mari durant la guerre, Marie Thérèse Françoise se remarie avec Bonaventure CADÈNE le 14/10/1919 à Argelès.
    Quelques mois plus tard naît la dernière fille d'Edouard et Françoise, le 28/10/1919, Hélène Mathilde.
    Les séquelles de la plaie par balle d'Edouard entraîne une incapacité pensionnée à hauteur de 10 %. Edouard contracte un emphysème en 1923, puis une tuberculose pulmonaire en 1924. Il décède à Argelès-sur-Mer le 09/05/1925 des conséquences de sa blessure de guerre. Ses enfants seront adoptés par la Nation 6 mois plus tard. 
     
    Acte de décès d'Edouard BARBOTEU - Archives Municipales Argelès-sur-Mer (66)
    Qu'est devenue la famille d'Edouard et qui sont les descendants que j'ai rencontré aux commémorations du 11 novembre ? La suite dans un prochain article.

21 nov. 2018

Poilus oubliés d'Argelès-sur-Mer (66) : Louis PELISSIER

ville-argelessurmer.fr
Louis Marius PÉLISSIER naît le 17/10/1887 à Sète. Ses parents, Lucien Joseph et Marie MICHEL se sont mariés un an auparavant.
La famille habite à Sète, Boulevard des Casernes. Louis est l’aîné de 6 enfants, tous nés à Sète :
- Paul Justin, né le 20/10/1893 (décédé un an plus tard),
- Charles Paul né le 05/06/1891,
- Joseph Lucien, né le 09/01/1896 (décédé à 5 jours),
- Marius Louis, né le 20/10/1897,
- Augustine Noélie, née le 25/12/1901.

Acte de naissance de Louis Marius PELISSIER - AD34


Louis décide de s’engager dans l’armée pour 3 ans le 23/05/1906, à 18 ans. Il est instituteur et est incorporé dans le 141ème Régiment d’Infanterie, basé à Montpellier. Nommé caporal, puis sergent en 1908, il est classé dans la Compagnie des Chemins de Fer du Midi de 1910 à 1911 et il est envoyé sur Rodez puis Cerbère. 

Fiche de décès militaire Louis Marius PELISSIER
Fiche de décès militaire Louis PELISSIER
memoiredeshommes.gouv.fr
Entre-temps, en mars 1911, il s’est marié avec Magdeleine Marie COSTEDOAT à Montpaon (ancienne commune aujourd’hui Fondamente) dans l’Aveyron. Magdeleine est originaire du Béarn mais vit à Cerbère dans le quartier de la gare, où son père est Employé au Chemin de Fer et sa mère garde-barrière. Louis et Magdeleine habitent à Cerbère dans la Cité Santal en 1911. 

Louis est ensuite affecté à Niort en tant que facteur de la Compagnie des Chemins de Fer de l’État jusqu’au 4/09/1914. Suite à la mobilisation, il est alors rappelé à l’activité le 15/09 et affecté au Régiment d’Infanterie de Rodez. Nommé adjudant puis promu sous-lieutenant, il est affecté au 122ème Régiment d’Infanterie à partir du 08/06/1915. Il décède le 27/09/1915 à Pertes-les-Hurlus, dans la Marne. 

En 1916, les parents de Louis habitent toujours Sète. Son père est concierge. Sa sœur Augustine, obtient une bourse d'entretien pour l'école supérieure de Sète.

Je n’ai pas encore trouvé de descendant de Louis et Magdeleine, ni à Cerbère, ni à Argelès-sur-Mer. Cependant, l'un des frères de Magdeleine est domicilié à Montpaon lors de son mariage à Paris. Il serait donc possible qu'il y ait eu des naissances à Montpaon, si le couple y est resté entre la date du mariage et la date du recensement à Cerbère. Malheureusement, les archives ne sont pas en ligne pour l'instant. Si l'un d'entre vous pouvait vérifier directement sur les registres, nous trouverions peut-être un descendant.

La famille de Magdeleine COSTEDOAT, installée à Cerbère, a eu une descendance dans le département, dans l’Aude, l’Hérault et la région parisienne.

Les deux frères de Louis, Charles et Marius, ont également participé à la Grande Guerre.
    • Charles a été fait prisonnier en 1914 et rapatrié d’Allemagne en 1918. Après une carrière militaire fournie, il  a été nommé Inspecteur de la police mobile à Rouen en 1928. Il a été décoré de la Médaille Commémorative de la Grande Guerre.
    • Marius, incorporé à 18 ans, participera aux deux guerres et a été décoré de la Croix de Guerre avec Palme et Etoile de Bronze, la Médaille Militaire, la Médaille de la Victoire, la Médaille Commémorative et l’Insigne des Blessés, suite à une plaie au thorax en juin 1918.

Louis Marius PÉLISSIER est l'un des 126 poilus d'Argelès-sur-Mer.

16 nov. 2018

Poilus oubliés d'Argelès-sur-Mer (66) : Ferréol BÈS

Affiche des commémorations 
d'Argelès-sur-Mer
(ville-argelessurmer.fr)
Ferréol François Sébastien BÈS naît à Argelès-sur-Mer (66) le 18/09/1879. Ses parents, Zacharie François André, qui se fait appelé Jacques, et Thérèse Ursule Catherine COSTESÈQUE se sont mariés 10 ans auparavant à Laroque-des Albères, leur village d'origine. D'abord domestique à son mariage, Zacharie "Jacques" sera granger à Sorède, fabriquant de manches de fouet à Argelès-sur-Mer, à nouveau domestique à Argelès-sur-Mer, roulier à Sorède puis régisseur à Maureillas pour Edouard BARTISSOL. 

Ferréol a au moins 6 frères et sœurs dont :
    • Zacharie Sébastien François né le 22/10/1871 à Laroque-des-Albères ,
    • Antoinette Elisabeth Ursule, née le 17/01/1872 à Laroque-des-Albères,
    • Jean Sébastien Joseph, né le 27/01/1874  à Argelès-sur-Mer,
    • Thérèse Catherine Marie née le 25/11/1876 à Sorède,
    • Léon Joseph François né le 11/04/1882 à Argelès-sur-Mer,
    • Romain Martin Sébastien, né le 12/11/1884 à Sorède.

En 1897, à 18 ans et 1 mois, Ferréol est cultivateur et s’engage pour 4 ans à Perpignan. Incorporé au 3ème Régiment d’Infanterie, il gravit les échelons et est :
    • soldat de 1ère classe l’année suivante,
    • caporal en décembre 1898,
    • sergent en 1901,
    • sergent-fourrier en 1904,
    • sergent en 1905,
    • sergent-major en 1911.
     
Il s’est en effet réengagé régulièrement jusqu’en 1912, date à laquelle il prend sa retraite. 

Il se marie à Marseille le 16/11/1905 avec Juliette BLANC, qui en est originaire. En 1913, ils résident au Boulevard de la Madeleine, à Marseille. Le couple ne semble pas avoir eu d’enfants.

Fiche de décès militaire Ferréol BÈS 
(memoiredeshommes.gouv.fr)
Rappelé en 1914, Ferréol a été promu sous-lieutenant en juillet 1914 par décret présidentiel puis il est promu lieutenant en novembre. Il termine la guerre mais décède à Aix à l’hôpital mixte le 16/02/1919.

Son père est décédé en septembre 1917 à Maureillas.

Juliette , sa veuve, se remarie en 1921 à Marseille avec Jean SOLER. Thérèse COSTESÈQUE décède deux mois plus tard à Maureillas.

Les frères de Ferréol ont également participé à la Grande Guerre :
    • Zacharie et Jean en tant que détachés agricoles à Trouillas,
    • Romain a été tué à l’ennemi le 25/05/1915 à Noulettes dans le Pas-de-Calais,
    • Léon a été fait prisonnier le 18/03/1915 à Beauséjour et interné à Gattingen. Il est rapatrié en janvier 1919. Il se mariera à Paris en 1921 avec la veuve de Romain.

Un des neveux de Ferréol, Jean Zacharie Pierre, fils de Jean, est Mort Pour La France le 07/08/1916 à Thiaumont-Fleury.

Les enfants de ses frères et sœurs se situent à Maureillas (66), Trouillas (66), Laroque-des-Albères (66) et Paris.


Livre d'Or d'Argelès-sur-Mer (66) - SIV


Ferréol François Sébastien BÈS est l'un des 126 poilus d'Argelès-sur-Mer.

14 nov. 2018

Poilus oubliés d'Argelès-sur-Mer : Alexandre SURJUS

Aujourd'hui, je vous présente Alexandre SURJUS, l'un des 4 poilus ajoutés sur le Monument aux Morts d'Argelès-sur -Mer vendredi dernier.


Alexandre Antonin Paul SURJUS est né à Argelès-sur-Mer le 15/03/1896, il est le fils de Jean Côme Séverin, mercier et Marthe Rose Joséphine BERNARD GIMER.


Le couple aura 6 enfants :
    • Séverin Jean Joseph en 1894 (et qui décède en mai 1896, deux mois après la naissance d'Alexandre),
    • Ludovic Landri Jean en 1897,
    • Joséphine Marthe Rose en 1899,
    • Rose Alexandrine Séverine en 1905,
    • Séverin Omer en 1906.


En 1906, la famille est recensée à Argelès-sur-Mer. Les parents sont cafetiers. Mais en novembre, la famille émigre au Brésil, dans la région de Soro Cabana.


Lors de la mobilisation, Alexandre et Ludovic SURJUS devront rentrer en France pour participer à la Grande Guerre.


Croix de Guerre 1914 1918
Fdutil [CC BY-SA 3.0 
(https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], 
from Wikimedia Commons
Alexandre est mobilisé le premier en janvier 1916. Vu qu’il est à l’étranger, il arrive au corps en avril. Il passe rapidement au grade de caporal le 21/02/1917, redevient soldat puis à nouveau caporal le 17/02/1918. Cité à l’ordre de la Division, pour avoir contre attaqué « l’ennemi bien supérieur en nombre, ne s’est replié qu’à la dernière extrémité s’arrêtant constamment pour enrayer par son feu l’avance de l’ennemi et protéger les replis des fractions voisines », il obtient la Croix de Guerre avec étoile de Bronze le 7/10/1918. Malheureusement, il est tué à l’ennemi le 26/10/1918 près de Nizy-le-Conte, dans l'Aisne, trois semaines avant l'armistice. Ce jour-là, le 46ème Régiment d'Infanterie perd 8 hommes et compte 44 blessés.


La Croix de Guerre ci-contre a une étoile de Bronze et deux palmes de Bronze.



A son décès, Alexandre est déclaré célibataire. 

Transcription de l'acte de décès d'Alexandre SURJUS
Transcription de l'acte de décès d'Alexandre SURJUS - Archives de Paris - 1D38
Extrait du livre d'or d'Argelès-sur-Mer (66) Source : https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr/siv/media/FRAN_IR_051016/cvrzlu67hl4--1kh246n1x644y/FRDAFAN85_OF9v173600_L
Son frère, Ludovic, est incorporé en avril 1917. Il obtient une citation à l’ordre du Régiment le 4 mai 1917 et a été décoré de la Croix de Guerre pour avoir tué à bout portant un sous-officier ennemi faisant irruption dans sa tranchée, 5 jours seulement après son arrivée au régiment. Il est  blessé en juin 1918, mais évacué puis disparu et fait prisonnier le même jour. Il sera rapatrié d’Allemagne le 12 janvier 1919. Il repartira seul au Brésil et ne sera pas mobilisé en 1939.  En juillet 1919, il fait partie d’une liste de passagers en tant que stewart sur le vaisseau Canada au départ de Marseille. On nous indique qu'il lui manque le pouce gauche.


Séverin Omer, lui, n’a pas été recensé en France, la dernière trace de son existence sur internet est un passeport obtenu en 1982 au Brésil. Il est marié et réside à côté de Sao Paulo. A ma connaissance, les frères et sœurs d'Alexandre ne sont pas revenus en France.

Passeport de Séverin Omer SURJUS (1982) - source : Familysearch.com


Alexandre SURJUS fait partie des 126 soldats présents sur le Monument aux Morts d'Argelès-sur-Mer.