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Bienvenue sur ce blog consacré à la généalogie de mes recherches personnelles et professionnelles, mais aussi à la psychogénéalogie. Bonne lecture !

14 sept. 2026

Une histoire d'espionnage (8) — Huit ans plus tard, l'enquête reprend

Première page du rapport du 3 septembre 1918
Première page du rapport final du 3 septembre 1918 - SHD/GR 10 J 1535 - Conseil de guerre  - vue 27


J'avais laissé Sylvain LLENSE le 28 mai 1918, dans le bureau du capitaine Clément BAZIN.

Dix ans ont passé depuis la publication des six premiers articles de cette histoire. J'en avais repris une partie en 2018, puis le dossier était retourné dans mes archives. Sylvain, lui, était toujours à la prison Saint-Paul de Lyon, au même endroit dans le récit, attendant que l'instruction se poursuive.

Il était temps d'y revenir.

Relire le premier article de la série

Reprenons depuis le début

Sylvain Barthélémy Joseph LLENSE est né le 23 mai 1893 à Cerbère, dans les Pyrénées-Orientales. Sa famille le prénomme Henri. Avant la guerre, il travaille notamment aux PTT. Pendant le conflit, il est affecté au Parc automobile d'organisation de Lyon, le P.A.O.L., où il exerce comme dactylographe auprès du commandement.

Cette fonction lui donne accès à des renseignements militaires : mouvements de véhicules et de personnels, sections de ravitaillement en munitions, unités envoyées en Italie et emplacement de parcs automobiles.

À la fin du mois de septembre 1917, lors d'un voyage à Barcelone, Sylvain rencontre, par l'intermédiaire de Louis SOULIER, un homme qu'il appelle Karl. D'après ses déclarations, Karl travaille pour l'espionnage allemand.

Sylvain reconnaît avoir accepté deux missions : transmettre des renseignements et faire entrer en France des tracts pacifistes et défaitistes. Il doit utiliser le nom de Pepita BARRI comme destinataire à Barcelone. Il admet également avoir reçu de l'argent : d'abord 100 pesetas, puis 1 000 pesetas lors d'un second voyage en janvier 1918.

Mais l'affaire ne se résume pas à un espion, un agent allemand et quelques enveloppes.

On y trouve aussi un trafic de cocaïne et de morphine, des absences militaires difficiles à expliquer, de l'argent dont l'origine change selon les interrogatoires, un paquet jeté dans le Rhône, des tracts retrouvés près du pont de Vernaison, une maîtresse qui envoie un télégramme sans savoir — selon elle — ce qu'il signifie, et Dominique LEONARDI, que LLENSE accuse puis décharge en partie.

Claude_villetaneuse — Collection personnelle, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=12639228

Le dernier interrogatoire raconté sur ce blog

Le 28 mai 1918, LLENSE est de nouveau interrogé sur ses relations avec LEONARDI. Il reconnaît lui avoir parlé de tracts, de Marseille, de renseignements sur l'armée d'Orient et de navires en réparation. Il maintient cependant que LEONARDI n'a pas voulu participer à l'impression des tracts.

Il tente aussi d'expliquer les 7 500 francs qu'il dit avoir eus en sa possession. Les sommes proviendraient de ses économies, de ses parents, d'affaires commerciales et de son trafic de drogue. Ses déclarations ne correspondent pas exactement à celles de sa mère. Il affirme alors qu'elle a dû s'embrouiller parce qu'elle était affolée par son arrestation.

Pendant ce temps, la Poste ne retrouve aucune trace du paquet recommandé qu'il affirme avoir envoyé à Pepita BARRI. Neuf détenus soupçonnés d'avoir distribué des tracts sont interrogés. Aucun lien sérieux avec LLENSE n'en ressort. Les services de renseignements consultés dans plusieurs villes ne trouvent pas davantage sa trace dans d'autres affaires.

À ce moment-là, le dossier comporte donc des aveux très lourds, mais aussi des contradictions et des preuves matérielles qui ne sont pas toujours au rendez-vous.

Cinq cent cinquante-huit vues plus tard

Le dossier conservé par le Service historique de la Défense compte 558 vues : interrogatoires, rapports de police, expertises, courriers et décisions judiciaires.

Pour raconter la suite, je vais distinguer trois choses : ce que les archives établissent, ce que LLENSE ou les autres protagonistes déclarent, et ce qui reste impossible à prouver.

Un dossier judiciaire n'est pas un récit écrit par un narrateur qui connaît toute la vérité. C'est un empilement de paroles, de soupçons, de recherches et parfois d'erreurs. Les contradictions ne doivent pas être gommées. Elles font partie de l'histoire.

Au début du mois de juin 1918, une nouvelle question se pose. Sylvain LLENSE affirme avoir agi sous l'emprise de la cocaïne.

Est-il pleinement responsable de ses actes ?

C'est désormais à un médecin de répondre.

À suivre...

Sources

  • Ministère des Armées, Mémoire des hommes, dossier SHD/GR 10 J 1535, notamment PDF reconstitué p. 27 à 36.
  • Wuilleme Généalogie, « Une histoire d'espionnage (6) », 24 juin 2016.