21 déc. 2018

Fusillé de 14-18 : une histoire d'espionnage (4)

Comme vu dans l'article précédent, LLENSE et LEONARDI ont comparu le 16 mai 1918. Si LLENSE lâche prise rapidement -et vue la suite des découvertes, il valait mieux qu'il reconnaisse les faits- LEONARDI dément être impliqué dans  cet espionnage.

Le juge a demandé un rapport sur les permissions des deux accusés. Voici ce qu'il obtient sur le parcours militaire des deux soldats. 
Lorsqu'il était au PAOL, Sylvain LLENSE a bénéficié de deux permissions de détente pour Cerbère : du 25/09 au 05/10/1917 et du 31/12/1917 au 09/01/1918. Sylvain LLENSE devait profiter d'une permission de détente le 27/12/1917. Or, il est revenu à son service, déclarant qu'il était resté bloqué à la gare Lyon-Perrache jusqu'au 31/12/1917 et qu'il partirait en permission ce 31/12. Or, sans pouvoir justifier de son emploi du temps, il est resté absent du service, sans partir en permission, jusqu'au 10/01/1918. Il obtient alors une permission de détente pour rentrer à Cerbère du 11 au 21/01/1918. Lors de son incorporation à la TP 560 le 14/03/1918. Il manque 3 appels le 31/03/1918, il est alors muté à la 140ème compagnie du 14ème Train le 07/05/1918. 

Concernant LEONARDI, celui a été incorporé le 12/12/1917 et part en permission le 21/01/1918 au 8 rue Guibal à Marseillle. Il reviendra le 04/02/1918. Il  est incorporé au Train Militaire le 02/04/1918.

Dans le dossier, un courrier nous informe que le receveur des Postes de Lyon a eu pour mission de rechercher la trace d'un envoi postal à Pepita BARRI par Sylvain LLENSE au mois de novembre 1917, envoi introuvable.

Suite aux affirmations de LEONARDI, le commissaire FABIANI organise une confrontation entre les deux accusés. L'avocat de LLENSE, Me BONTEMPS ne se présente pas. LLENSE confirme les déclarations qu'il a faite mais déclare également qu'il a obéi à Karl sous l'emprise de la cocaïne et qu'ensuite il a eu peur de se rétracter. 

Dans le même temps, d'autres investigations sont ordonnés par le Conseil de Guerre chez les parents de LLENSE à Cerbère, sur les sommes détenues par LLENSE, ainsi que les emplois qu'il a occupé et les envois qu'il est sensé avoir effectués vers Pepita BARRI et Arturo CHARPENTIER à Barcelone. Les policiers doivent également vérifier les voyages de LLENSE et se renseigner sur Louis SOULIER. 

On décide également de fouiller les affaires des 2 inculpés à la prison de St Paul, mais également celles d'autres prisonniers (5 soldats et 4 civils dont 2 femme), pour trouver des tracts pacifistes que LLENSE leur aurait fournis, sans succès.
Parmi les personnes interrogées, Maurice THEVENOT, 23 ans, soldat au 2ème Régiment des Chasseurs d'Afrique, déclare connaître LLENSE, alors qu'il était canonnier au 54ème Régiment d'Artillerie. THEVENOT connaît également 2 soldats, un parisien à Lyon et un rencontré à Marseille, lui ayant déclaré connaître LLENSE.

Aucun fait concernant LLENSE n'apparait dans des affaires sur Besançon, Montpellier, Marseille, Bourges et Clermont-Ferrand.


Lors de l'interrogatoire du 28/05, Me BONTEMPS ayant annoncé se dessaisir de l'affaire, LLENSE renonce à prendre un avocat pour l'instant. De son côté, LEONARDI, alors que son avocat est également absent, réfute toutes les accusations, sauf connaître LLENSE. Louis GARNIER déclare qu'elle ne sait rien.

Dans les pièces du dossier du jugement se trouve une lettre reçue par LEONARDI, envoyé par Mademoiselle DELOBLE, institutrice de Béligneux datée du 07/05 reçue le 28/05 sur laquelle est écrit :"Meilleurs souhaits de bonne chance et bon souvenir".

Source : dossier du jugement de LLENSE - memoiredeshommes.gouv.fr

La suite des interrogatoires et des investigations vont continuer de charger Sylvain LLENSE.


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