Après le rejet du pourvoi par la Cour de cassation, il ne reste plus à Sylvain LLENSE qu'un recours en grâce.
Il ne s'agit plus de contester le jugement. Il s'agit de demander que la peine de mort soit commuée.
La décision appartient au président de la République.
Une attente dont le dossier ne dit rien
Les archives conservent les courriers officiels, les dates et les ordres. Elles ne racontent pas les journées de LLENSE dans sa cellule.
Nous ne savons pas ce qu'il espère, ce qu'il dit à ses proches ni même ce qu'on lui laisse entendre sur ses chances d'obtenir une commutation.
Le 14 décembre 1918, son avocat, Me Étienne SALOMON, écrit au capitaine rapporteur. Il doit s'absenter de Lyon jusqu'au dimanche 22. Il précise que son confrère, Me BAYLE, a accepté de le remplacer pour assister son client si l'exécution devait avoir lieu pendant son absence.
Cette lettre montre que, dès la mi-décembre, la possibilité d'une exécution est bien réelle.
La grâce est refusée
Le 27 décembre, le ministre de la Guerre informe les autorités militaires de Lyon de la décision présidentielle : la justice doit suivre son cours. La peine n'est pas commuée.
Le même jour, l'organisation de l'exécution est mise par écrit.
Sylvain LLENSE doit être passé par les armes le samedi 28 décembre 1918, à 7 heures du matin, à la butte de tir de La Doua, sur la commune de Villeurbanne.
Le réveil du condamné est fixé à 5 h 45 à la prison Saint-Paul.
La voiture cellulaire quittera la prison à 6 h 30.
L'ordre prévoit la présence d'un juge du conseil de guerre, du rapporteur et du greffier. Le directeur de la circonscription pénitentiaire doit prévenir le ministre du culte. Des voitures doivent être commandées pour le cortège.
Tout est organisé en quelques paragraphes.
Une nuit
À ce stade, le dossier devient presque entièrement administratif.
Un lieu. Des horaires. Une voiture. Des personnes convoquées. Un piquet d'infanterie.
Il ne dit pas à quel moment LLENSE apprend le rejet de son recours en grâce. Il ne dit pas s'il voit son avocat. Il ne dit pas s'il écrit une dernière lettre ni s'il reçoit la visite d'un proche.
Je ne vais pas combler ces silences.
Le 27 décembre 1918 au soir, Sylvain LLENSE a 25 ans.
Il lui reste une nuit.
À suivre...
Sources
- Dossier SHD/GR 10 J 1535, PDF reconstitué p. 8 à 10.
- Ordre d'exécution du 27 décembre 1918 et lettre de Me Étienne SALOMON du 14 décembre 1918.
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