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Bienvenue sur ce blog consacré à la généalogie de mes recherches personnelles et professionnelles, mais aussi à la psychogénéalogie. Bonne lecture !
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4 sept. 2017

Le parcours d'Antoine SALVAT, instituteur à Espira-de-Conflent

Dans les années 1860, la taille de l’école conditionne le traitement de l’instituteur. Aussi, certains gardent une activité accessoire afin d’équilibrer tant bien que mal leur budget. Les instituteurs sont évalués tous les trimestres, ce qui nous permet d’avoir une vue assez régulière de leur parcours, quand leur dossier existe encore.

Antoine Ferréol Sauveur SALVAT est né à Catllar (Pyrénées-Orientales) le 1er fructidor an XII, c’est-à-dire le 9 août 1804. Après une instruction en séminaire puis 8 années de service militaire en tant que sous-officier, il obtient son brevet élémentaire le 2 avril 1832 à Montpellier. Il officie tout d’abord à Tarerach où il rencontre son épouse Désirée CHAUMAZEAU, originaire de Beaugency dans le Loiret. Ils se marieront en mai 1833. Ils auront trois enfants tous nés à Catllar, Marie Rose Désirée (née le 3 mai 1843), Eugène Henri Jean (né le 5 avril 1849), Julie Emilie Thérèse (née le 11 mars 1852). Antoine a également une activité de receveur buraliste.

Emplacement des lieux de travail et de résidence d'Antoine SALVAT

Antoine démarre donc sa carrière à Tarerach dès 1833, puis est muté à Catllar où il enseignera jusqu’en juin 1853, dans une école accueillant une trentaine de garçons sur les 60 vivants dans la commune. L’inspecteur le décrit comme « instituteur zélé mais sans méthode. Les enfants ne font pas de progrès. » Il est secondé par Marguerite BORY qui enseigne la lecture le catéchisme et les ouvrages manuels, sans grand enthousiasme.

En 1852, l’inspecteur note le fait que les pères de famille n’ont pas confiance en l’enseignant et envoient donc leurs enfants étudier à Prades. Autorisé à détenir à nouveau une recette de buraliste et manquant cruellement de ressources, il délaisse souvent la classe pour s’occuper de ses clients.

En 1853, Antoine est muté à Molitg où il enseigne à une classe de 28 élèves. L’année suivante, le 26 février 1854, sa femme Désirée est victime d’un accident fatal. Elle reçoit un aiguillon dans l’œil gauche, suite à un geste malheureux d’un bouvier. Considéré comme un brave homme, menant une vie respectable et pieuse, les villageois le prennent en grippe suite à un délaissement complet de sa classe. Antoine est très affecté par le décès de sa femme et n’est plus en capacité d’enseigner. Un dimanche, un feu se déclare alors qu’Antoine est absent de son domicile. Sa fille aînée, seule, n’ose pas  frapper à la porte de l’église alors qu’une messe est en cours. A son retour quelques instants plus tard, Antoine crie « au feu » et les villageois, sortant de l’église, viennent l’aider à l’éteindre. Certaines femmes suffoquent à cause des fumées épaisses. Ce n’est que plus tard que les villageois apprennent qu’Antoine était alors chez une veuve du village, avec laquelle il souhaite se remarier, afin qu’elle s’occupe de ses enfants en bas âge. Le curé tentera d’utiliser cet incident afin de le dénigrer auprès des services scolaires. Le préfet, voulant calmer les esprits et soutenant Antoine depuis plusieurs années, décidera de le muter à Los Masos en 1855.

La petite école de Los Masos a très peu de moyens dû à l’indifférence du maire. Elle a pour seul mobilier une table où 18 élèves doivent s’entasser pour travailler. Ni tableau, ni bureau du maître et encore moins de livres. 4 hameaux composent le village et certains enfants, pour atteindre l’école, doivent enjamber une rivière à gué sur un parcours de 2 kilomètres. Les pères de famille ne ressentent pas l’utilité d’y envoyer leur enfants et les gardent pour les travaux des champs. La mésentente entre les villageois des hameaux et du bourg principal est également un frein à l’inscription des élèves. Les ressources d’Antoine sont toujours trop faibles pour élever ses trois enfants et seule la générosité de certains villageois leur permettent de manger à leur faim. Son activité de receveur buraliste ne lui rapporte que 50 à 100 francs par an et son traitement n’excédera jamais 600 francs annuels. Il est pourtant logé gratuitement.

L’inspection de 1860 décrit sa manière d’enseigner comme insuffisante et donnant peu de résultats, il « manque de méthode, parle trop et n'enseigne pas ».
Acculé, Antoine pense trouver une solution à ses problèmes d’argent en démissionnant en décembre 1862 et devenant instituteur libre, c’est-à-dire qu’il fixe lui-même le montant de son revenu. Pour cela, il devra cependant attirer plus d’élèves payants, ce qui est difficile vu le manque de confiance dans sa manière d’enseigner que lui accordent les villageois.

Sa situation devient critique et il prie le préfet et l’inspecteur de l’académie de bien vouloir le réintégrer en tant qu’instituteur public, ce qui aura lieu en 1865, après avoir demandé un secours financier à l’inspection.

Antoine est alors muté à Rodès. Homme pieux, présent aux messes quotidiennes, il est apprécié du village. Il modifie sa manière d’enseigner et obtient quelques progrès auprès des élèves, apparemment bien instruits par l’instituteur précédent. Sa fille aînée, dénommée Marguerite, a alors 22 ans et l’aide dans la classe. L’inspecteur la décrit intelligente et instruite. Malheureusement, attirée par les jeunes hommes du village, elle met en place des soirées de  jeux de cartes dans l’école. Les villageois, connaissant la situation financière du père, craignent qu’un de leur fils s’éprenne de la jeune fille et ne dilapident leur héritage. Ils entreprennent alors de demander la mutation d’Antoine, répandant de fausses rumeurs sur Marguerite et sa vertu.

En octobre 1865, Antoine devient instituteur à Espira-de-Conflent. Il se remet au travail et semble avoir acquis une méthode de travail qui fait ses preuves. Néanmoins son âge avancé (63 ans) commence à se ressentir sur sa condition physique, sa vue et son ouïe baissent. Ses élèves le respectent cependant et font des progrès, « qualifiés de trop justes » par l’inspecteur, dans tous les domaines. Cependant les inspecteurs s'accordent à dire qu'il serait dommage de mettre à la retraite cet homme chargé de famille, après toutes ces années de services, ce qui ne manquerait pas de diminuer ses revenus, qui sont alors de 700 francs annuels.

Le 9 octobre 1867, la fille aînée d’Antoine, Marie Rose Désirée alias Marguerite épouse Jean Jacques FOUGA, cordonnier à Espira. Celui a obtenu le consentement de son père Jean FOUGA  mais pas le consentement de sa mère. Ils n’ont pas fait de contrat de mariage. Est-ce la situation financière de la famille de Marguerite qui pose problème ?

Antoine terminera sa carrière à Espira, jusqu’en 1874 au moins. Son fils Eugène, employé à Perpignan, épousera en 1874 Antoinette DE COSTA, négociante à Perpignan. Eugène partira ensuite vivre à Alger. Antoine habitera à Espira avec sa fille Marguerite et sa famille au début de sa retraite. Il verra la naissance de ses deux petits-enfants, Joseph Jean Martin (1871) et Jean Joseph Jacques FOUGA (1875) et assistera au décès de son gendre Jean FOUGA le 3 janvier 1879 suivi de celui de sa fille Marguerite le  11 avril 1880, à seulement 37 ans. Antoine ira ensuite vivre à Perpignan avec sa fille Julie.
Elle se mariera en 1892 à Perpignan à l’âge de 40 ans. Domestique puis sans profession, elle a déjà deux enfants naturels, Antoine Joseph  (11 ans) et Eugène (3 ans) qui seront légitimés par son mariage avec Joseph RICART, un négociant de 10 ans son aîné.
Son fils Eugène se mariera à Perpignan en seconde noces en 1895 avec Marie CANAL, divorcée depuis 6 ans et exerçant la profession de giletière. Eugène est domicilié à Alger et il est clerc d’avoué. En effet, il a divorcé à Alger d’Antoinette DE COSTA en 1891.

Antoine, âgé de 96 ans, assiste au mariage de son petit-fils Jean Joseph Jacques FOUGA à Perpignan le 23 juin 1900 avec Marie Françoise DABOSY. Celui-ci est devenu peintre. Son frère, Joseph, se mariera à Philippeville en Algérie en 1915.

Antoine décède après le mariage de Jean, après le 23 juin 1900, à une date pour l’instant inconnue...

Sources :
Archives départementales des Pyrénées-Orientales (1T64, 1T442)
Etat-Civil de Catllar (9NUM2E673_675, 9NUM2E676_677), Tarerach (9NUM2E3800_3804), Molitg-les-Bains (9NUM2E1864), Espira-de-Conflent (9NUM2E1140), Perpignan (9NUM2E4551_4555, 9NUM2E4547_4550, 9NUM2E2519_2523) Recensements d’Espira-de-conflent (10NUM6M216/70 1876, 10NUM6M213/70 1872, 10NUM6M208/70 1866, 10NUM6M201/70 1861)

30 juin 2014

#ChallengeAZ : Z comme Zouave

Zouave 1910
18edelignesecondempire.clicforum.fr
Les zouaves sont des unités d'infanterie appartenant à l'Armé d'Afrique, ayant existé de 1830 à 1962. Créé lors de la conquête de l'Algérie, les régiments de zouaves sont constitués tout d'abord par des soldats d'origine kabyles.

Le terme zouave vient du mot zwava, nom d'une tribu kabyle. Faisant partie des troupes ottomanes lors de la prise d'Alger par les troupes françaises, ils furent intégrés dans le "Corps des Zouaves" en 1830, pour former deux bataillons de 700 hommes. Le recrutement est mixte, c'est à dire, français et indigènes. Ils touchent la même solde. En 1833, il est décidé de dissoudre les deux bataillons pour n'en former qu'un seul, toujours à recrutement mixte mais dont les conditions de recrutement sont plus strictes pour les indigènes.

Le premier régiment est sous le commandement de Lamoricière. En 1841, on réorganise les recrutements et les régiments ne sont formés que de français de métropole et d'Afrique de Nord, avec près d'un quart de juifs algériens. En 1852, Louis-Napoléon décide de porter à 3 le nombre de régiments et de les affecter à chaque province algérienne, sous une couleur d'uniforme différente. Les Algérois à Blidah, de couleur garance; le 2ème régiment à Oran, de couleur blanche et le 3ème régiment à Philippeville, de couleur jaune.

Les zouaves sont surtout connus pour avoir combattus durant le second empire, lors de la guerre de Crimée, à la bataille de l'Alma, lors de la campagne d'Italie, à Magenta et Solferino, lors de l'expédition du Mexique et la guerre franco-prussienne. A Magenta et au Mexique les 2èmes et 3èmes régiments sont décorés de la Légion d'Honneur pour leur courage et leur combativité.

Lors de la IIIème république, quatre régiments de zouaves sont reconstitués en 1872. Ils aident au maintien de l'ordre en Algérie et en Tunisie et participent à la pacification du Maroc. En 1881, Tunis et Bizerte deviennent villes de garnison pour le 4ème régiment.
Les zouaves prendront également part aux expéditions au Tonkin à partir de 1883, par la création d'un "Régiment de marche de zouaves".
Dès 1901, chaque régiment de zouaves détache un bataillon (le 5ème) en métropole, autour de Paris et près de Lyon.


Uniformes des zouves pour la guerre 1914-1918
imagesdesoldats.com
Neuf régiment de zouaves prendront part à la Première Guerre Mondiale. Les quatres régiments de l'armée active, trois nouveaux formés en décembre 1914 et janvier 1915 en Algérie, deux autres formés au Maroc. Leurs uniformes seront d'ailleurs modifiés après les premières batailles car trop voyants, pour ressembler aux uniformes de l'Armée d'Afrique, de couleur moutarde. Les unités engagées recevront de nombreuses décorations, dont la fourragère rouge de la Légion d'honneur, la fourragère jaune et verte de la médaille militaire et la fourragère de la Croix de guerre 14-18.

Certains diront que s'ils ont été aussi décorés, c'est parce que les zouaves mais également les troupes d'Armée d'Afrique,  se sont retrouvés dans les assauts les plus meurtriers. A Souchez (62), un site sur lequel les régiments ont subi de fortes pertes, porte le nom de Vallée des Zouaves.

Durant l'entre-deux-guerres, n'ont été gardés que six régiments, les quatre premiers, le 8è et le 9è.

En 1920 et 1927, ils participent à la campagne du Maroc, puis à la guerre du Rif.
En 1927, il est décidé que les zouaves feront désormais partie exclusivement des troupes de l'Armée d'Afrique et resteront pour permettre de couvrir l'Algérie, la Tunisie et le Maroc.

A la mobilisation de 1939, les effectifs des régiments de zouaves sont portés de 1850 à 2400, voire 3000. Quinze régiments de zouaves combattront. Comme pour la guerre précédente, les zouaves seront sacrifiés, sans réelle stratégie et pour la plupart, capturés.

Durant la guerre d'Algérie, les régiments des Zouaves serviront principalement au maintien de l'ordre jusqu'à leur dissolution en 1962.

Attention à ne pas confondre les zouaves avec les régiments des zouaves pontificaux, créés en 1860 à l'appel du pape Pie XI. Créé le 1er janvier 1861 sur le modèle des troupes de zouaves de l'armée française, dont l'uniforme exotique est très populaire au milieu du XIXe siècle, le bataillon des zouaves pontificaux, devenu régiment au 1er janvier 1867 est constitué de volontaires, majoritairement français, belges et hollandais, venus défendre l'État pontifical dont l'existence est menacée par la réalisation de l'Unité italienne au profit du Piémont. Leur histoire s'identifie avec la dernière décennie de l'État du Saint-Siège (1860-1870). Le régiment est licencié le 21 septembre 1870 à la suite de la disparition des États pontificaux. (source : Wikipedia)

Sources :

16 juin 2014

#ChallengeAZ : N comme NAUDO, de Finestret à Alger

Quand on commence une généalogie descendante, on sait où on débute mais on ne sait jamais où cela va nous mener...

Tout commence à Finestret, commune de 500 habitants en pleine expansion, traversée par la Llentillà. 

Emplacement de Finestret et Joch (66)

François NAUDO est né dans la commune de Finestret, dans les Pyrénées-Orientales (66), le 23 septembre 1802. Il y décèdera à 69 ans, le 25 mars 1872. Il aura le temps de connaitre certains petits-enfants,mais n'aura pas connu la branche algérienne de la famille.

François se marie avec Thérèse Colombe DORANDEU, à Joch, petit village limitrophe de 300 habitants, le 14 mai 1834. Les DORANDEU sont une famille originaire de la commune depuis plusieurs générations. Ils sont cultivateurs et habitent dans une métairie, à la sortie du village sur la route de Finestret. La voie s'appelle à présent Chemin du Mas DORANDEU. Thérèse est la fille cadette de Julien et Eulalie RIUS. Sa naissance a été déclarée à Finestret, le 17 novembre 1811. François est cultivateur et a 31 ans. Au mariage sont présents les parents de Thérèse, mais aussi son beau-frère Jacques GARRIGUE, ses deux cousins, Joseph et François RIUS et Mcihel GRANGE, un ami.
Il s'installent à Finestret avec le père de François, Jacques, et ses deux soeurs. Colombe GASCH, sa mère, est décédée 2 ans plus tôt.

Le couple aura 8 enfants. Le choix des prénoms de ces enfants se fera naturellement pour certains. Colombe est le nom de la sainte patronne de Finestret. François, Joseph et Jacques sont des prénoms courants dans la commune et la famille. 

Colombe Eulalie Rose, la soeur ainée, naît en 1835. Deux ans plus tard, Françoise Colombe Philomène, naît, deux jours après noël. Le 27 février 1840, c'est au tour de Marie Thérèse Joséphine de rejoindre la famille. En juillet 1841, Françoise Colombe, la cadette, décède à 3 ans et demi. Thérèse est à nouveau enceinte et accouchera le 19 novembre 1842 d'une fille, Thérèse Elisabeth Catherine.
Ce n'est qu'en 1845, que François déclarera enfin la naissance d'un premier fils, nommé François Jacques Joseph, mais que l'on prénommera Jacques. Trois ans plus tard, début janvier, un second fils voit le jour, cette fois-ci ce sera François Joseph Jacques, couramment appelé François. Six ans plus tard, à 43 ans, Thérèse donnera naissance à son dernier enfant, Sébastien Julien Pierre. Pourquoi Sébastien ? Les oncles et les conjoints des tantes du petit n'ont pas ce prénom. S'agit-il du saint du jour ou du prénom d'un voisin ? Non, le 15 juillet, c'est la saint Henri. Julien est le prénom de son grand-père maternel. Né le samedi 15 juillet 1854, il a 19 ans d'écart avec Colombe, la fille aînée de la fratrie.  Sébastien ne connaîtra pas sa soeur Françoise née en 1837 et décédée à l'âge de trois ans et demi. Il ne connaît pas non plus ses grands parents paternels, Jacques NAUDO est décédé 10 ans plus tôt. Son grand-père maternel, Julien, décède 6 mois après sa naissance.

A sa naissance, il a 4 soeurs et 2 frères encore en vie. A trois ans, il participe au mariage de sa soeur Colombe, le 17 février 1857 à Finestret (66) avec François GASCH. Leurs enfants jumeaux naissent 10 mois plus tard, le jour de noël. Malheureusement, l'un des deux naît sans vie, leur second sera déclaré sous les prénoms de François Sébastien Pierre, peut-être un clin d'oeil à son oncle. Lorsqu'il a 8 ans, sa soeur Marie décède le 13 avril 1863, célibataire. Lorsqu'il a 11 ans, c'est au tour de sa soeur Colombe Eulalie Rose épouse GASCH. Après avoir donné naissance à deux autres garçons, Félix, décédé à l'âge de 2 ans en 1862, et Joseph en 1863. Les petits François et Joseph habiteront avec leur grand-mère paternelle et leur père en 1866, après le décès de leur mère.
Recensement famille GASCH 1866 Finestret (66)

Un an plus tard, le 13 mai 1867, Thérèse Elisabeth Colombe se marie à Finestret avec Jean André GOIZE. Il est originaire de Quillan. Dénommé André, il est déjà présent à Finestret en 1866, chez les MARTY, les meuniers du village, en tant que fabricant de pipes. Sébastien aura au moins 2 neveux par sa soeur Thérèse, Jean Adrien Joseph et François André.

La vie suit son cours à Finestret. Sébastien a 13 ans et va à l'école avec Michel CAYROL, l'instituteur communal. Jacques et François, ses frères aînés sont déjà partis faire leur service militaire.

En 1872, Le père de Sébastien, François NAUDO, décède à l'âge de 69 ans. Ce sont son fils, Jacques et son gendre André GOIZE qui déclarent son décès à la mairie de Finestret. 9 mois plus tard, Thérèse, la dernière fille de François décède également, célibataire.

Deux ans plus tard, le malheur s'abat de nouveau sur la famille, Thèrèse Catherine Elisabeth épouse GOIZE, mère de 2 enfants, décède en octobre 1874.

Faisant normalement parti de la classe 1874, Sébastien est absent le jour de la conscription, et pour cause, il a décidé de s'engager comme apprenti-marin à Toulon en 1875.

Recensement famille NAUDO - DORANDEU 1876 Finestret (66)
Recensement Famille GASCH - JOCAVEILL 1876 Finestret (66)
En cette année 1876, dans la maison de Finestret, vivent alors Thérèse, la maman, Joseph, le fils de Colombe épouse GASCH, Jacques, François et Jean et François GOIZE. Où sont passés les conjoints GASCH et GOIZE ? François GASCH s'est remarié en novembre 1867 avec Thérèse JOCAVEILL, originaire de La Bastide, à quelques kilomètres. Ils ont emménagé ensemble à Finestret avec les deux fils de François, Françoise Sébastien Pierre et Joseph. En effet, le recensement de 1876 compte deux fois les enfants, chez leur père et chez leur grand-mère. Jean André GOIZE, lui, est parti vivre en corse et enverra son consentement par écrit au mariage de son fils Jean Adrien Joseph 22 ans plus tard.




Quelques réjouissances se profilent à l'horizon. Jacques le fils aîné, se marie avec Rose Catherine Philomène BONNET le 5 mai 1880, à Finestret. Ils auront 4 enfants, Marie en 1881, Thérèse en 1883, Jacques en 1885 et François en 1891.

De son côté le frère cadet, François, se marie en octobre 1882 avec Marie Philomène Thérèse RACOURT. 6 jours plus tard, Thérèse DORANDEU, la mère de François, décède à Finestret. Ils auront deux filles Mélanie, qui décèdera  à l'âge d'un an, et Marie, qui décédera à Mustapha en Algérie à 3 mois en 1885. En effet, entre temps, Sébastien s'est marié en 1883 avec Marie Thérèse Marguerite RACOURT, une cousine de l'épouse de François. Ils sont partis vivre à Alger, car Sébastien est Matelot des douanes dans cette ville. Est-ce la peur des conditions d'hygiène du pays qui contraindra Marie à effectuer deux fois le voyage à Finestret pour accoucher dans la famille de Sébastien, d'une Marie et d'un François Sébastien Julien en avril 1884 et septembre 1886 ? En effet, c'est au moment du décès de Marie NAUDO, la fille de François et Marie RACOURT, à Mustapha, que sa mère contracte une pleurésie. Elle décédera après un an de souffrances, après avoir transité dans plusieurs hôpitaux pour finalement rendre son dernier souffle à l'hôpital militaire de Dra-El-Mizan le 18 mars 1886.

François est alors veuf et sans enfants. Il décidera de refaire sa vie avec Thérèse COSTASECA. Ils publient les bans du mariage en 1888 à Finestret. Mais pour une raison inconnue, ils annuleront le mariage. Le père de Thérèse, Marc, décédera quelques mois plus tard. Était-il déjà malade ?

Marie, la femme de Sébastien sera à nouveau enceinte et accouchera cette fois-ci à Alger d'un garçon prénommé Albert. Mais celui-ci décédera 2 ans plus tard en 1890.

1892 sera encore une année riche en évènements, François se marie avec Marie RAMONET, la fille de son voisin. et Jean Adrien Joseph GOIZE, son neveu, se mariera avec Victoire RACOURT, la soeur de la femme de Sébastien. Ils iront habiter à Alger et donneront naissance à au moins deux filles, Adrienne et Jeanne qui se marieront également à Alger. Marie, le première fille de Sébastien, se mariera à Tizi-Ouzou.

En visitant le cimetière de Joch, j'ai trouvé une tombe d'un Etienne NAUDO et de sa fille Yvonne, décédée en 1945. Or, dans les registres de l'ANOM d'Alger, j'ai trouvé la naissance d'Yvonne NAUDO. Quels sont leurs liens de parenté avec Sébastien ?

La prochaine étape serait de déterminer si les familles de Sébastien NAUDO et Jean GOIZE sont rentrés en France et à quelle époque.

31 mai 2014

#ChallengeAZ - A comme Algérie, terre d'accueil des catalans

C'est au détour d'une recherche descendante sur la famille de mon conjoint que j'ai eu l'occasion de découvrir ce pays d'un point de vue généalogique. Avant cela, j'avoue, pour moi, l'Algérie était un pays lointain, dans lequel les Français s'étaient installés à un moment donné puis étaient revenus suite à la guerre vers 1962.

Tout commence par la recherche du mariage éventuel d'un enfant de François NAUDO, originaire de Finestret, petit village de Pyrénées-Orientales. Son dernier fils, Sébastien Julien Pierre NAUDO, est noté résident à Alger lors de son mariage à Finestret avec Marie Elisabeth Marguerite RACOURT le 21 janvier 1883. Il exerce la profession de matelot des douanes. Commencent alors mes pérégrinations pour retrouver leurs enfants, sur le site de l'ANOM dans un premier temps, mais également pour me renseigner sur le pays et la ville en question. Il me fallait comprendre pourquoi Sébastien était parti travailler là-bas. J'y reviendrais un peu plus tard lors d'un prochain article du challenge.

Pour l'heure, je souhaitais surtout vous faire part des découvertes que j'ai faites concernant le pays, tout d'abord historiques, grâce à l'excellente collection "La France en Algérie" en 5 tomes*. Là, tout d'un coup, j'apprends comment la conquête de l'Algérie est une stratégie politique de prise et de maintien au pouvoir mais surtout les conditions de vie des premiers colons en 1848.

le gouvernement avait prévu 18 convois totalisant 12000 colons originaires de la capitale, emplis d'optimisme et d'espoir, qui ont vite déchantés à leur arrivée quand ils ont atteint leur nouveau lieu de vie. Les colons choisis devaient être chefs de famille ou célibataire, soit cultivateurs, soit ouvriers d'art.
Les cultivateurs ont reçu des concessions gratuites de 2 à 10 hectares et une subvention pour 3 ans. Les ouvriers d'art devaient s'occuper des travaux d'installation des familles et obtenaient 1 lot à bâtir et 1 lot de terre accompagnés de la même subvention pour trois ans. Les colons devaient ensuite devenir propriétaire au bout de 6 ans (sous peine de devoir rembourser la subvention s'ils partaient avant cette date).

Le premier convoi de colons est parti le 10 octobre 1848 et avait pour destination Saint-Cloud (Gdyel actuel). Les colons étaient des ouvriers au chômage (des ateliers nationaux fermées quelques mois plus tôt) et des artisans et employés du commerce. Ils devaient recevoir chacun :
- une maison en maçonnerie, recouverte en tuile et divisée en 2 pièces, chacun de 3.50m sur 5m,
- 1 lot de terre de 2 à 10 ha et une parcelle de jardin potager,
- des instruments de labour, des semences, du bétail (chèvres et moutons),
- des rations journalières de vivre  (1/2 ration pour les enfants de moins de 7 ans) dans l'attente de leur récolte.

Après avoir remontée la Seine pendant 3 jours sur des chalands, les colons ont rejoint Châlon, puis ont embarqués à bord de vapeur à roues à aubes jusqu'à Arles. Ensuite le train les mènera jusqu'à Marseille où il prendront le bateau pour rejoindre l'Algérie.
source : Geneawiki

A leur arrivée à Saint-Cloud, les 350 colons ne trouvent qu'un village vide. Ils durent commencer par bâtir des maison de fortune en bois. Les cloisons ne sont que planches de bois et les lits, des planches sur tréteaux recouverts de broussailles en guise de paillasse. certains s'installèrent sous des tentes militaires. En effet, à cette époque, l'armée est le représentant de l'Etat Français en Algérie.

Ils devaient affronter les épidémies en hiver (dysenterie, choléra et paludisme). En trois ans, il y eut 287 décès pour 134 naissances. Pas très étonnant lorsque le remède pour combattre le choléra était supposé être une danse au milieu du village ! Le paludisme, lui, est combattu grâce à la quinine mais les stocks sont insuffisants. A leur arrivée, les colons ont pu obtenir par l'armée quelques vêtements (chemises de coton, tabliers, bas de laine, sabots) pour remplacer leurs chaussures de ville, leurs vestes et robes de tissu trop fragile et trop ajustés. Dans certains villages, l'armée leur fournit des anciennes capotes et des pantalons usagers de l'armée, quand les chemises ne sont pas taillés dans des sacs d'intendance marqués des inscriptions "fourrage".

Étaient prévus des instructeurs de labours et semailles, malheureusement ceux-ci ne sont pas assez nombreux. Les colon sèment des céréales, des haricots, des fèves, des pommes de terres et des vignes mais les semences sont le plus souvent avariées.
A cela s'ajoute une organisation militaire du village par des directeurs pratiquant leur propres règles (comprenant le droit de cuissage ! ). Les révoltes des colons sont très durement réprimés par des exécutions pour l'exemple. Et il ne s'agit que de l'exemple d'un village parmi les 42 créés.

Je salue le courage de ces familles parties pleines d'espoir d'un monde meilleur pour leurs enfants et qui se sont retrouvés coincés dans un pays sauvage (les hyènes, lions et panthères passaient régulièrement près des villages), abusés par le gouvernement, qui ont dû tenir bon afin de ne pas avoir à rembourser les subventions accordées !

Comme je le précise dans le titre, l'Algérie est également terre d'accueil des catalans car lors de mes recherches, j'ai pu remarquer nombre de couples originaires des Pyrénées-Orientales. Couples partis tenter leur chance de l'autre côté de la Méditerranée et dont les descendants sont revenus s'installer sur la région de Perpignan lors de la guerre d'Algérie en 1962. Tant et si bien que le Centre de Documentation des Français d'Algérie (CDDFA) a été inauguré ici même à Perpignan, afin de rendre hommage et aider les familles descendantes à transmettre et explorer le patrimoine des Français d'Algérie. Il contient une exposition permanente de 300 m2 retraçant l'histoire de l'Algérie de 1830 à 1962, mais aussi un fonds documentaire composés de témoignages matériels et immatériels (livres, objets, films...).

Mes recherches ne font que débuter sur ce pays aussi ce billet peut paraître exhaustif. Néanmoins, je suis à la fois émerveillée et choquée de voir dans quelles conditions les colons ont été envoyés et quel courage il leur a fallu pour surmonter ces épreuves.

* La France en Algérie, Tome 1 à 6, avec la collaboration de Guy Claisse, Claude Couband, Francis Mercury, Editions de Crémille, 1990.