4 sept. 2017

Le parcours d'Antoine SALVAT, instituteur à Espira-de-Conflent

Dans les années 1860, la taille de l’école conditionne le traitement de l’instituteur. Aussi, certains gardent une activité accessoire afin d’équilibrer tant bien que mal leur budget. Les instituteurs sont évalués tous les trimestres, ce qui nous permet d’avoir une vue assez régulière de leur parcours, quand leur dossier existe encore.

Antoine Ferréol Sauveur SALVAT est né à Catllar le 1er fructidor an XII, c’est-à-dire le 9 août 1804. Après une instruction en séminaire puis 8 années de service militaire en tant que sous-officier, il obtient son brevet élémentaire le 2 avril 1832 à Montpellier. Il officie tout d’abord à Tarerach où il rencontre son épouse Désirée CHAUMAZEAU, originaire de Beaugency dans le Loiret. Ils se marieront en mai 1833. Ils auront trois enfants tous nés à Catllar, Marie Rose Désirée (née le 3 mai 1843), Eugène Henri Jean (né le 5 avril 1849), Julie Emilie Thérèse (née le 11 mars 1852). Antoine a également une activité de receveur buraliste.

Emplacement des lieux de travail et de résidence d'Antoine SALVAT

Antoine démarre donc sa carrière à Tarerach dès 1833, puis est muté à Catllar où il enseignera jusqu’en juin 1853, dans une école accueillant une trentaine de garçons sur les 60 vivants dans la commune. L’inspecteur le décrit comme « instituteur zélé mais sans méthode. Les enfants ne font pas de progrès. » Il est secondé par Marguerite BORY qui enseigne la lecture le catéchisme et les ouvrages manuels, sans grand enthousiasme.

En 1852, l’inspecteur note le fait que les pères de famille n’ont pas confiance en l’enseignant et envoient donc leurs enfants étudier à Prades. Autorisé à détenir à nouveau une recette de buraliste et manquant cruellement de ressources, il délaisse souvent la classe pour s’occuper de ses clients.

En 1853, Antoine est muté à Molitg où il enseigne à une classe de 28 élèves. L’année suivante, le 26 février 1854, sa femme Désirée est victime d’un accident fatal. Elle reçoit un aiguillon dans l’œil gauche, suite à un geste malheureux d’un bouvier. Considéré comme un brave homme, menant une vie respectable et pieuse, les villageois le prennent en grippe suite à un délaissement complet de sa classe. Antoine est très affecté par le décès de sa femme et n’est plus en capacité d’enseigner. Un dimanche, un feu se déclare alors qu’Antoine est absent de son domicile. Sa fille aînée, seule, n’ose pas  frapper à la porte de l’église alors qu’une messe est en cours. A son retour quelques instants plus tard, Antoine crie « au feu » et les villageois, sortant de l’église, viennent l’aider à l’éteindre. Certaines femmes suffoquent à cause des fumées épaisses. Ce n’est que plus tard que les villageois apprennent qu’Antoine était alors chez une veuve du village, avec laquelle il souhaite se remarier, afin qu’elle s’occupe de ses enfants en bas âge. Le curé tentera d’utiliser cet incident afin de le dénigrer auprès des services scolaires. Le préfet, voulant calmer les esprits et soutenant Antoine depuis plusieurs années, décidera de le muter à Los Masos en 1855.

La petite école de Los Masos a très peu de moyens dû à l’indifférence du maire. Elle a pour seul mobilier une table où 18 élèves doivent s’entasser pour travailler. Ni tableau, ni bureau du maître et encore moins de livres. 4 hameaux composent le village et certains enfants, pour atteindre l’école, doivent enjamber une rivière à gué sur un parcours de 2 kilomètres. Les pères de famille ne ressentent pas l’utilité d’y envoyer leur enfants et les gardent pour les travaux des champs. La mésentente entre les villageois des hameaux et du bourg principal est également un frein à l’inscription des élèves. Les ressources d’Antoine sont toujours trop faibles pour élever ses trois enfants et seule la générosité de certains villageois leur permettent de manger à leur faim. Son activité de receveur buraliste ne lui rapporte que 50 à 100 francs par an et son traitement n’excédera jamais 600 francs annuels. Il est pourtant logé gratuitement.

L’inspection de 1860 décrit sa manière d’enseigner comme insuffisante et donnant peu de résultats, il « manque de méthode, parle trop et n'enseigne pas ».
Acculé, Antoine pense trouver une solution à ses problèmes d’argent en démissionnant en décembre 1862 et devenant instituteur libre, c’est-à-dire qu’il fixe lui-même le montant de son revenu. Pour cela, il devra cependant attirer plus d’élèves payants, ce qui est difficile vu le manque de confiance dans sa manière d’enseigner que lui accordent les villageois.

Sa situation devient critique et il prie le préfet et l’inspecteur de l’académie de bien vouloir le réintégrer en tant qu’instituteur public, ce qui aura lieu en 1865, après avoir demandé un secours financier à l’inspection.

Antoine est alors muté à Rodès. Homme pieux, présent aux messes quotidiennes, il est apprécié du village. Il modifie sa manière d’enseigner et obtient quelques progrès auprès des élèves, apparemment bien instruits par l’instituteur précédent. Sa fille aînée, dénommée Marguerite, a alors 22 ans et l’aide dans la classe. L’inspecteur la décrit intelligente et instruite. Malheureusement, attirée par les jeunes hommes du village, elle met en place des soirées de  jeux de cartes dans l’école. Les villageois, connaissant la situation financière du père, craignent qu’un de leur fils s’éprenne de la jeune fille et ne dilapident leur héritage. Ils entreprennent alors de demander la mutation d’Antoine, répandant de fausses rumeurs sur Marguerite et sa vertu.

En octobre 1865, Antoine devient instituteur à Espira-de-Conflent. Il se remet au travail et semble avoir acquis une méthode de travail qui fait ses preuves. Néanmoins son âge avancé (63 ans) commence à se ressentir sur sa condition physique, sa vue et son ouïe baissent. Ses élèves le respectent cependant et font des progrès, « qualifiés de trop justes » par l’inspecteur, dans tous les domaines. Cependant les inspecteurs s'accordent à dire qu'il serait dommage de mettre à la retraite cet homme chargé de famille, après toutes ces années de services, ce qui ne manquerait pas de diminuer ses revenus, qui sont alors de 700 francs annuels.

Le 9 octobre 1867, la fille aînée d’Antoine, Marie Rose Désirée alias Marguerite épouse Jean Jacques FOUGA, cordonnier à Espira. Celui a obtenu le consentement de son père Jean FOUGA  mais pas le consentement de sa mère. Ils n’ont pas fait de contrat de mariage. Est-ce la situation financière de la famille de Marguerite qui pose problème ?

Antoine terminera sa carrière à Espira, jusqu’en 1874 au moins. Son fils Eugène, employé à Perpignan, épousera en 1874 Antoinette DE COSTA, négociante à Perpignan. Eugène partira ensuite vivre à Alger. Antoine habitera à Espira avec sa fille Marguerite et sa famille au début de sa retraite. Il verra la naissance de ses deux petits-enfants, Joseph Jean Martin (1871) et Jean Joseph Jacques FOUGA (1875) et assistera au décès de son gendre Jean FOUGA le 3 janvier 1879 suivi de celui de sa fille Marguerite le  11 avril 1880, à seulement 37 ans. Antoine ira ensuite vivre à Perpignan avec sa fille Julie.
Elle se mariera en 1892 à Perpignan à l’âge de 40 ans. Domestique puis sans profession, elle a déjà deux enfants naturels, Antoine Joseph  (11 ans) et Eugène (3 ans) qui seront légitimés par son mariage avec Joseph RICART, un négociant de 10 ans son aîné.
Son fils Eugène se mariera à Perpignan en seconde noces en 1895 avec Marie CANAL, divorcée depuis 6 ans et exerçant la profession de giletière. Eugène est domicilié à Alger et il est clerc d’avoué. En effet, il a divorcé à Alger d’Antoinette DE COSTA en 1891.

Antoine, âgé de 96 ans, assiste au mariage de son petit-fils Jean Joseph Jacques FOUGA à Perpignan le 23 juin 1900 avec Marie Françoise DABOSY. Celui-ci est devenu peintre. Son frère, Joseph, se mariera à Philippeville en Algérie en 1915.

Antoine décède après le mariage de Jean, après le 23 juin 1900, à une date pour l’instant inconnue...

Sources :
Archives départementales des Pyrénées-Orientales (1T64, 1T442)
Etat-Civil de Catllar (9NUM2E673_675, 9NUM2E676_677), Tarerach (9NUM2E3800_3804), Molitg-les-Bains (9NUM2E1864), Espira-de-Conflent (9NUM2E1140), Perpignan (9NUM2E4551_4555, 9NUM2E4547_4550, 9NUM2E2519_2523) Recensements d’Espira-de-conflent (10NUM6M216/70 1876, 10NUM6M213/70 1872, 10NUM6M208/70 1866, 10NUM6M201/70 1861)

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