Le vendredi 27 septembre 1918, à 8 h 30, Sylvain LLENSE doit comparaître devant le 1er conseil de guerre de Lyon.
Il a 25 ans.
Deux accusations sont retenues contre lui : espionnage et intelligences avec l'ennemi.
Un avocat nommé d'office
Le 13 septembre, l'ordre de mise en jugement est signifié personnellement à LLENSE. Il doit également choisir un défenseur.
Il répond qu'il n'en a pas choisi. Le président du conseil de guerre désigne alors Me Étienne SALOMON, avocat à la cour d'appel de Lyon.
La liste des témoins appelés par l'accusation est courte. Elle mentionne le maréchal des logis Louis REYNAUD, affecté au P.A.O.L., ainsi que M. ADLER, chef de la Sûreté à Lyon, ou, à défaut, le commissaire FABIANI, qui a mené une grande partie des interrogatoires.
La dernière bataille de la défense
Me SALOMON revient sur l'expertise médicale.
La défense avait demandé une contre-expertise réalisée par trois médecins spécialistes. À la place, le même médecin avait été chargé d'un examen complémentaire et avait confirmé ses premières conclusions.
Dans un document daté du jour du procès, l'avocat demande au conseil de guerre de constater cette situation. Il rappelle que l'expertise contradictoire souhaitée n'a pas été ordonnée et que le second examen a été confié au docteur CHOCREAUX.
Mais l'avis médical versé au dossier reste défavorable à LLENSE : il était capable de juger, de discerner et de décider au moment des faits.
Ce que le dossier permet de raconter du procès
Le dossier conservé contient les actes préparatoires, les conclusions de la défense et la décision. En revanche, il ne permet pas de reconstituer précisément les débats heure par heure.
Je ne peux donc pas raconter la plaidoirie de Me SALOMON, les paroles exactes du commissaire du gouvernement ou les réactions de LLENSE. Les archives consultées ne donnent pas non plus le détail du vote des juges.
Elles donnent le résultat.
Le 1er conseil de guerre de Lyon condamne Sylvain Barthélémy Joseph LLENSE à la peine de mort.
Les pièces administratives n'utilisent pas toutes exactement la même formule. Certaines mentionnent la condamnation pour intelligences avec l'ennemi. Le procès-verbal d'exécution rappellera, lui, les intelligences avec les ennemis de l'État et l'espionnage. Dans tous les cas, les deux chefs avaient été renvoyés devant le conseil de guerre.
Le lendemain du jugement
Le 28 septembre, LLENSE déclare d'abord ne pas vouloir se pourvoir en révision contre le jugement qui vient de le condamner.
Pourtant, un pourvoi sera ensuite formé en son nom. Le dossier ne permet pas de savoir clairement à quel moment ni pour quelle raison il change de position.
À partir de cette date, le temps judiciaire commence à se confondre avec le temps de la guerre.
À l'automne 1918, l'armée allemande recule. Les négociations d'armistice approchent. Pour Sylvain LLENSE, rien n'est pourtant terminé.
Sa condamnation à mort vient seulement d'être prononcée.
À suivre...
Sources
- Dossier SHD/GR 10 J 1535, PDF reconstitué p. 13 à 19.
- Actes préparatoires au procès et conclusions de Me Étienne SALOMON, septembre 1918.
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