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05 octobre 2026

Une histoire d'espionnage (11) — La machine à écrire qui contredit l'accusation

Par Edaen, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=14159117

Au début de l'enquête, les documents retrouvés dans les archives du service allemand de Barcelone jouent un rôle déterminant.

Ils contiennent des renseignements militaires provenant du Parc automobile d'organisation de Lyon : véhicules, personnels, ravitaillement en munitions d'artillerie lourde, unités envoyées en Italie et emplacement de parcs automobiles.

Sylvain LLENSE travaille justement comme dactylographe au P.A.O.L. Il a accès à ce type d'informations. Lorsqu'il est confronté aux photographies de ces documents en mai 1918, il finit par avouer avoir transmis des renseignements à Karl.

En 2016, j'avais écrit qu'une comparaison d'écriture confirmait que LLENSE était l'auteur des documents.

La suite du dossier oblige à nuancer sérieusement cette affirmation.

Quatre documents provenant des archives ennemies

Le 16 août 1918, un expert en écritures est nommé. Il s'agit de Francisque BUISSON, expert juré près les tribunaux de Lyon.

Il doit examiner les photographies de quatre documents conservés dans les archives des services ennemis à Barcelone. Le dossier mentionne notamment une copie à la machine, une lettre de l'état-major général concernant le service des renseignements, une lettre du Grand Quartier général et un bordereau d'envoi.

Pour effectuer la comparaison, l'expert dispose de cinq pièces et de trois spécimens de l'écriture de LLENSE.

Son rapport est déposé le 29 août.

Sa conclusion est claire : les documents examinés ne sont pas de la main de LLENSE.

Une preuve qui en contredit une autre

Cette expertise est importante. Elle montre surtout pourquoi il faut lire un dossier jusqu'au bout.

En mai, une première comparaison avait contribué à provoquer les aveux de LLENSE. En août, l'expertise judiciaire ne lui attribue finalement pas les quatre documents étudiés.

Cela ne signifie pas que les renseignements n'ont pas été transmis. Cela ne prouve pas non plus que LLENSE est étranger à leur arrivée dans les archives allemandes.

L'expert répond à une question précise : ces documents sont-ils de sa main ? Sa réponse est non.

Il ne répond pas aux autres questions : qui a rassemblé les renseignements ? Qui les a recopiés ? Qui les a transportés ? Par quel intermédiaire sont-ils arrivés à Barcelone ?

Pourquoi l'accusation ne s'effondre pas

À ce stade, plusieurs éléments continuent de peser contre LLENSE.

Il avait accès aux informations contenues dans les documents. Il reconnaît ses voyages à Barcelone et sa rencontre avec Karl. Il admet avoir reçu de l'argent, accepté une adresse de contact et envoyé des renseignements militaires. Il reconnaît également avoir remis à Karl un rapport sur l'état d'esprit de la population française et avoir introduit puis diffusé des tracts défaitistes.

L'envoi recommandé à Pepita BARRI n'a jamais été retrouvé par la Poste. Les documents expertisés ne sont pas de sa main. Mais ses propres déclarations, ses déplacements et les informations auxquelles il avait accès permettent au rapporteur de maintenir l'accusation.

L'expertise affaiblit donc une preuve. Elle ne fait pas disparaître le reste du dossier.

C'est précisément ce qui rend cette affaire difficile à résumer. Certaines pièces accablent LLENSE. D'autres contredisent la manière dont on a d'abord voulu l'accabler.

Quelques jours après le dépôt de l'expertise, le capitaine rapporteur doit prendre une décision : qui sera renvoyé devant le conseil de guerre ?

Ils étaient trois dans l'affaire.

LLENSE restera seul.

À suivre...

Sources

  • Dossier SHD/GR 10 J 1535, PDF reconstitué p. 43-44.
  • Dépôt du rapport de Francisque BUISSON, 29 août 1918.

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